Impossible de vider vos sacs remplis de chaussures, de vêtements ou de linge de maison ces derniers jours ? Ce n’est pas une panne. Les bennes du Relais, ces gros conteneurs blancs si familiers, sont verrouillées. Fermées pour cause de crise : plus un sou, plus de tri ! La raison ? L’entreprise, qui ramasse à lui seul 70% des vêtements usagés en France, exige un doublement des aides publiques. Pourquoi ? Parce que la filière étouffe. Coûts en hausse, débouchés en chute libre, matières de plus en plus invendables. Résultat : le système craque de partout. En ligne de mire ? L'éco-organisme Refashion. Chargé par le gouvernement d’accompagner l’industrie de la mode vers une économie circulaire, il récolte une éco-contribution auprès des marques pour financer le tri et la reverse ensuite aux acteurs de la filière de la collecte. Cette somme, 156 euros la tonne, permet aux trieurs de couvrir leurs coûts (salaires, charges de la collecte, revente des matières…).

Mais ce montant ne suffit plus. Les acteurs du tri, qui collectent chaque année 270 000 tonnes de déchets textiles, demandent davantage pour leur permettre de survivre alors que la filière de récupération et de recyclage des vêtements est en pleine crise. En effet, près de 60% des vêtements collectés se retrouvent dans les friperies -les 40% restants sont recyclés ou incinérés. Si 10% des fripes sont vendues en France, 90% sont à destination des pays d’Afrique. Mais depuis quelques années, les débouchés internationaux s’amenuisent. L’Afrique préfère se tourner vers des revendeurs de fripes chinois moins chers que les acteurs français. Autre élément : des volumes de tri plus importants avec la déferlante des vêtements de piètre qualité venant des plateformes chinoises d’ultra fast fashion comme Shein ou Temu, qui inondent le marché. Alors toujours plus de vêtements à trier et toujours moins de valorisation.

106 millions d'euros pour les années 2025-2026

Pour contenir la grogne, la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a annoncé, ce vendredi 18 juillet un plan de soutien financier exceptionnel d’un montant de 49 millions d’euros pour l’année 2025, soit 223 euros/tonne (+43%) et une nouvelle enveloppe de 57 millions pour 2026 (228 euros/tonne). «Les premiers versements pour l’année 2025 vont avoir lieu au mois d'août», explique le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher. Si Le Relais demandait 304 euros/tonne, le cabinet de la ministre estime que ces nouveaux montants, versés par l’éco-organisme Refashion, représentent un bon équilibre. En réaction à cette annonce, l’éco-organisme a indiqué ce mardi 22 juillet sa décision de reprendre les collectes à compter du jeudi 24 juillet.

Ce coup de pouce financier s’inscrit dans une refonte globale du cahier des charges de la filière REP (Responsabilité élargie du producteur) textiles, linge de maison, chaussures, annoncé mi-mai par la ministre. Objectifs : être moins dépendants des marchés étrangers, miser sur une filière plus locale et diversifier les débouchés notamment en investissant davantage sur le recyclage.