La Fédération française de tennis (FFT) compte toujours autant sur Roland-Garros pour remplir ses caisses. L’année dernière, le tournoi du Grand Chelem parisien visait 650 000 visiteurs sur les trois semaines d’exploitation, en incluant donc la campagne des qualifications, cette première semaine baptisée « opening week », qui s’est installée comme un vrai relais de croissance. En 2024 toujours, le tournoi visait 338 millions d’euros de chiffre d’affaires, un magot qui représente, en moyenne, les trois-quarts des revenus de la Fédération française de tennis (FFT). L'an passé, celle-ci avait en effet prévu un budget total de 459 millions d’euros. « Les droits TV représentent 38% du chiffre d’affaires du tournoi, environ 20% pour les partenaires, 17% pour la billetterie et 17% pour l’hospitalité », détaillait le directeur général de la FFT, Stéphane Morel, à quelques semaines de l’édition 2024.

Pour ce millésime 2025, la tendance reste similaire. Et le tournoi va encore devoir batailler contre ces mauvaises images de loges désertées et de places libres, récurrentes en matinée et en début d’après-midi, quand les invités passent plus de temps dans les salons qu’au bord des courts. Il faut dire que la dimension business de Roland-Garros résiste à tout. Chaque année, les 22 partenaires du tournoi (classés selon leur niveau d'engagement), y compris Perrier, pourtant au cœur d'une polémique sur la qualité de ses eaux, animent les coulisses. À deux pas du Court Central, les marques sont hébergées au Village, pour y recevoir chaque jour leurs clients prestigieux, dans de petits restaurants privatifs disposés autour d’un patio, où le gratin se croise.

1 place de Roland achetée, 4 places à payer pour le padel...

Ces hospitalités, comme on les appelle dans le milieu, pèsent toujours plus lourd en matière de revenus. « Cela représente désormais 20 % du chiffre d'affaires du tournoi. Depuis la mise en place des sessions de nuit en 2021, ces hospitalités ont crû de près de 50 % », indique aux Échos Matthieu Bosquet, directeur billetterie et hospitalités à la Fédération française de tennis.

Ces coûteux packages sont payés par des marques, des sponsors, ou encore de riches fans de tennis qui veulent vivre l’expérience au plus près. Mais dans les allées de Roland-Garros, on croise aussi des habitués, qui n’hésitent pas à poser une semaine de congés pour assouvir leur passion. Seulement, il devient de plus en plus difficile pour eux de décrocher des billets. La vente en ligne réalisée cet hiver s’est faite par vagues successives, en s'ouvrant d’abord aux dirigeants de clubs de tennis, puis à leurs licenciés, et enfin au grand public. Avec son lot de déceptions. La FFT a même sorti l’artillerie lourde cette année, en exigeant que pour chaque place de tennis achetée… soient ajoutées, et payées, 4 places pour le prochain tournoi de padel organisé au même endroit par la Fédé, en septembre prochain. « De la vente forcée » selon les fans de tennis, qui se retrouvent avec des liasses de places de padel, sans possibilité de pouvoir les revendre pour le moment.

Quant aux sessions en soirée, dont les matchs prestigieux, diffusés sur une chaîne à péage (Amazon Prime), ne sont pas accessibles aux détendeurs de billets journée, elles ne font que confirmer le virage très business que les organisateurs de Roland-Garros, à l’image des autres tournois du Grand Chelem, ont décidé de prendre. Il faut dire aussi qu'avec les lourds travaux, engagés notamment pour couvrir les courts, la fédération n’a pas d’autre choix que de soigner sa poule aux œufs d’or, et de la rentabiliser au maximum.

Cela n'empêchera pas, malgré tout, le futur vainqueur du tournoi, que ce soit chez les Hommes comme chez les Femmes, de toucher un joli chèque de 2,55 millions d'euros. Les joueurs se partageront dans l'ensemble une dotation totale de 56,35 millions d'euros, soit près de 3 millions d'euros de plus qu'en 2024. Eux aussi profitent pleinement du filon de la terre battue.