Ce coup de fil est gravé dans sa mémoire. Le 9 décembre 1997, Martin Bouygues reçoit un appel de Vincent Bolloré. L’homme d’affaires breton lui annonce qu’il vient de rentrer au capital du groupe de BTP. Une démarche amicale, assure-t-il. N’ont-ils pas usé leurs culottes courtes sur les bancs de la même école privée, en CM1 ? Martin Bouygues, pas méfiant, accepte de signer un pacte d’actionnaire avec son invité surprise. Mais très vite, Vincent Bolloré révèle ses véritables intentions. Tout en continuant à rafler des actions, il critique la stratégie de son « copain Martin », met en doute la sincérité des comptes. Bref, il entend prendre le contrôle du groupe qui pèse à l’époque 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

On connaît l’issue de cette bataille homérique. Martin, conseillé par son avocat Jean-Michel Darrois, trouve une faille juridique pour expugner l’assaillant, tandis que François Pinault arrive en chevalier blanc. Vincent Bolloré (propriétaire de Capital via Vivendi) repart, lui, avec une jolie plus-value. Bien plus tard, Martin Bouygues commentera l’événement avec ironie : « Bolloré m’a aidé à m’endurcir et il m’a fait connaître du Tout-Paris. »

A l’époque, le fils de Francis Bouygues n’est pourtant plus tout à fait un novice. Il dirige la maison fondée par son père depuis huit ans. Mais il n’a pas encore montré toutes ses qualités de grand patron, qui lui permettront de multiplier par plus de deux la taille du groupe et, en 2017, d’être classé par la Harvard Business Review sixième meilleur P-DG du monde. Sous ses airs bonhommes, Martin est un pugnace, comme ces autodidactes qui compensent un mauvais départ par un acharnement sans faille.

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