Il souffle un vent nouveau sur les falaises normandes. Face à la mer, les deux cheminées bleues des réacteurs du Centre nucléaire de production d’électricité (CNPE) d’EDF de Penly, mis en service entre 1990 et 1992, continuent de tourner à plein régime, avec 1 300 salariés et prestataires qui poussent les grilles ultra sécurisées du site chaque matin. Et si le réacteur numéro 1 est aujourd’hui arrêté un mois pour maintenance, on ne chôme pas sur place. «Un arrêt de tranche, c’est une préparation sur six mois. C’est en fait un pic d’activité pour la centrale car nous en profitons pour faire des travaux, des modifications pour préparer l’allongement de la durée de vie de nos centrales», explique Yann Magnon, directeur délégué du CNPE de Penly (Seine-Maritime), qui assure 62% des besoins électriques de la région Normandie.

Si on prépare l’avenir, c’est que le nucléaire français (68,5% du mix électrique en 2025) vit une renaissance depuis quelques années. Mis au pilori après la catastrophe de Fukushima (2011), fragilisé par le mandat de François Hollande dont le gouvernement souhaitait la fermeture de 14 réacteurs (dont Fessenheim) sur les 56 du parc national de l'époque, l’atome français a retrouvé de sa vigueur sous Emmanuel Macron.

En février 2022, en visite à Belfort, le président de la République y prônait un vaste plan de relance de la filière avec la construction de six nouveaux réacteurs de troisième génération d’ici 2050. «Il est prévu que la décision finale d’investissement sur ces futurs EPR 2 intervienne d’ici la fin de l’année. Il y a un énorme besoin d’électricité additionnelle pour l’industrie lourde, la décarbonation, l’acier, l’électrification des véhicules, l’intelligence artificielle… Tous ces usages demandent beaucoup plus d’électricité», justifiait mi-mars l’entourage du président.

>> En images, découvrez notre reportage exclusif sur le plus grand chantier du pays

Des investissements massifs

«L’engagement financier de l’Etat est colossal puisqu’après la renationalisation d’EDF, il va régler 60% de la facture de 72,8 milliards d’euros prévue pour ces trois premières paires d’EPR 2 (à Penly, Gravelines, dans le Nord, et au Bugey, dans l'Ain, NDLR) sous forme de prêt garantis à EDF. Les pouvoirs publics ont aussi donné de la visibilité à l’électricien en fixant un prix d’achat de 100 euros/MWh alors que sur le marché de gros, les prévisions ne dépassent pas 70 euros/MWh pour la prochaine décennie. Ce delta qui pourrait atteindre 30 euros est totalement assumé pour soutenir la souveraineté énergétique du pays», détaille Pierre-Louis Brenac, associé au cabinet iQo et spécialiste des questions d'énergie. Le livret A pourrait être mis à contribution.

La suite est réservée aux abonnés
Abonnez-vous à Capital À partir de 1€ le premier mois
  • Accès à tous les articles réservés aux abonnés
  • Le magazine en version numérique
  • Sans engagement