
Le groupe Mulliez se retrouve sous les projecteurs. Trois enquêtes menées par des médias distincts – Cash Investigation pour France 2, Disclose et Follow the Money – s’intéressent aux pratiques du géant nordiste. A travers l’Association familiale Mulliez (AFM), ce dernier possède de nombreuses enseignes bien connues en France, telles qu’Auchan, Decathlon, Leroy Merlin, Bricoman (via Adeo), Pimkie, Brice et Jules (via Fashion Cube), Kiabi, Saint-Maclou ou encore Norauto. Une réussite familiale initiée il y a 70 ans et qui s’est depuis étendue à l’international, comme le rappelle France 3 Hauts-de-France.
Mais aujourd’hui, cette success-story pourrait être ternie. Le premier média à révéler l’affaire n’est autre que Disclose. Sur son site, le média d’investigation français a publié deux articles intitulés «Decathlon profite du travail forcé des Ouïghours en Chine» et «Decathlon, la fabrique des forçats du textile au Bangladesh».
Les conditions de travail des ouvriers au Bangladesh en question
D'après Disclose, Decathlon serait associé à des pratiques déjà critiquées dans l’industrie de la fast-fashion. Selon les informations rapportées par le média français, des ouvriers employés par l’un de ses sous-traitants au Bangladesh manipuleraient des substances chimiques potentiellement nocives lors de la fabrication de baskets Kalenji, sans disposer de masques ni d’équipements de protection adéquats.
Disclose accuse aussi l’enseigne de sport, deuxième préférée des Français, de faire le choix de fournisseurs «low-cost», voire «ultra low-cost» en «payant des salaires bas (…) quitte à faire travailler des adolescents». Decathlon est également accusé d’avoir recours à des «usines clandestines» au Bangladesh. Les travailleurs d’une des sociétés seraient payés 87 euros pour 60 heures par semaine. En outre, la marque n’effectuerait pas de contrôles sur les bâtiments et ne respecterait pas le droit des travailleurs.
En partenariat avec le magazine de France 2 Cash Investigation, Disclose accuse Decathlon de faire travailler des mineurs ouïghours en Chine et l’accuse donc d’être «impliqué dans un système d’esclavage moderne» dans le pays. Certains de ses vêtements contiendraient du coton de la région de Xinjiang, sous sanctions internationales.
La stratégie de l'empire Mulliez
En outre, ce numéro de Cash Investigation, diffusé ce jeudi 6 février au soir, s’intéresse aux «secrets» de la famille Mulliez. Le magazine accuse notamment le groupe nordiste d’avoir «effacé 180 millions d’euros de dettes» par un «tour de magie». Les journalistes mettent notamment en avant le fait que de nombreux membres de la famille habitent en Belgique, ce qui «serait lié à des raisons fiscales». Cash Investigation se demande aussi comment, alors que 2 389 personnes ont été licenciées, un milliard d’euros de dividendes ont été versés. Le 8 février prochain, une dernière enquête du média néerlandais Follow the Money verra le jour, précise France 3. Elle sera consacrée à la stratégie que le groupe suivrait afin de réduire ses coûts, notamment en utilisant du cuir fourni par des entreprises qui seraient «les premiers responsables de la déforestation illégale au Brésil».
Un courrier diffusé par Decathlon en interne
Si Decathlon n’a pas réagi publiquement, Libération indique que l’entreprise prend ces éléments au sérieux et aurait communiqué en interne. Dans ce courrier que les employés ne devaient «pas diffuser, ni transmettre», mais dont Libération a eu connaissance, il est indiqué : «Nous comprenons que vous puissiez avoir quelques questions.»



















