Le titan chinois de l’ultra fast fashion, Shein, semble perdre de sa superbe ! Selon le Financial Times, son bénéfice net s'est effondré de 40% en 2024, tombant à 954 millions d’euros, loin, très loin des 4,5 milliards d’euros avancés par le groupe en 2023. Les ventes, bien qu’en hausse de 19% en 2024 à 36,2 milliards d’euros, sont elles aussi à des années-lumière des 43 milliards d’euros promis par les dirigeants de la plateforme.

Explication de ces résultats en sérieux repli ? La montée en puissance de Temu, son rival dans l'ultra fast fashion, qui lui taille des croupières. Mais ce qui donne vraiment des sueurs froides aux investisseurs de Shein, ce sont moins ses chiffres décevants que le durcissement des règles d’importations aux États-Unis et en Europe des produits chinois. Fini le laissez-passer douanier ! Ainsi, jusqu’ici exonérés outre-Atlantique, les petits colis d’une valeur inférieure à 800 dollars devraient bientôt être soumis à des taxes douanières, selon les vœux de la Maison-Blanche. Même son de cloche au sein de l’Union Européenne, qui a tapé du poing sur la table début février. Actuellement, les colis d’une valeur de moins de 150 euros ne sont pas soumis aux droits de douane. C’est sur ce point que la Commission européenne veut légiférer. Objectif : collecter environ 1 milliard d'euros de droits de douane supplémentaires par an. Et ce n'est pas tout. Elle envisage une taxe pour couvrir les frais de traitement de ces milliards de colis face à des douanes européennes submergées par douze millions de paquets quotidiens, dont 91% proviennent de Chine via Shein, entre autres.

Report de l’introduction en bourse

Indéniablement, ces taxes et ces frais de douane vont se traduire par des surcoûts pour les consommateurs. Si le t-shirt passe de 2 à 5 euros ou le cadre photo de 1,50 à 4 euros, les Français, dont 20% ont réalisé la plus grande partie de leurs achats de produits de mode sur Shein en 2024, selon l'Institut Français de la Mode, pourraient peut-être réfléchir avant de cliquer sur «acheter».

Ce lot de mauvaises nouvelles pourrait bien pousser à un report de l'introduction tant attendue de Shein à la Bourse de Londres, désormais envisagée pour le second semestre. Contacté par Capital, Shein n’a pas souhaité apporter de commentaires sur ses résultats ni sur ce potentiel décalage boursier.