C’est la dernière ligne droite pour le futur décret d’application de la loi du 24 mars 2014, la loi ALUR, qui va fixer les obligations de formation minimum pour qu’un collaborateur d’agence immobilière ou de cabinet ou encore un agent commercial puisse être habilité à exercer son activité. Ce jour, 30 juin, le Conseil national de la transaction et de la gestion immobilières, saisi par la ministre du logement -chef de file des rédacteurs du décret- va devoir stabiliser les différents sujets appelés à être tranchés par le décret pour éclairer les décisions finales du gouvernement. Une copie unique à destination de Valérie Létard sera-t-elle rendue? Les organisations représentatives des professionnels de l’immobilier et des consommateurs, aidés de personnalités qualifiées siégeant au CNTGI, vont-elles s’accorder sur l’essentiel?

C’est la dernière ligne droite pour le futur décret d’application de la loi du 24 mars 2014, la loi ALUR, qui va fixer les obligations de formation minimum pour qu’un collaborateur d’agence ou de cabinet ou encore un agent commercial puisse être habilité à exercer son activité. Ce jour, 30 juin, le Conseil national de la transaction et de la gestion immobilières, saisi par la ministre du logement -chef de file des rédacteurs du décret- va devoir stabiliser les différents sujets appelés à être tranchés par le décret pour éclairer les décisions finales du gouvernement. Une copie unique à destination de Valérie Létard sera-t-elle rendue? Les organisations représentatives des professionnels de l’immobilier et des consommateurs, aidés de personnalités qualifiées siégeant au CNTGI, vont-elles s’accorder sur l’essentiel?

Une semaine de formation ?

On pourrait penser que la durée de la formation sera débattue âprement, mais il semble qu’un consensus soit déjà trouvé autour d’une semaine bon an mal an. C’est sur un autre thème que les Athéniens pourraient s’atteindre: les modalités de la formation. Sera-t-elle présentielle ou distancielle, ou le fruit d’un mix entre les deux? Sur ce point crucial, deux écoles pour la ministre: laisser les acteurs de la formation et les professionnels de la transaction et de la gestion libres de décider, ou être plus directive, en conscience des enjeux. Si les modalités sont mal choisies, l’efficacité de la formation sera compromise. Le législateur de 2024 n’a pas voulu créer une nouvelle contrainte et hérisser une barrière à l’entrée des métiers, il a voulu, en cela sollicité par les syndicats patronaux eux-mêmes, faire monter en compétences le corps professionnel. En clair, la formation est le moyen d’acquérir des connaissances et des savoir-faire, en aucun cas une fin en soi. À cet égard, le tout distanciel garantit-il ce résultat? Les spécialistes de pédagogie savent que l’idéal est un mélange équilibré entre des séances de regroupement des apprenants et des moments où ils suivent des enseignements à distance.

Là encore, il existe d’ailleurs plusieurs variantes de la formation dématérialisée : la formation synchrone, dans laquelle un formateur interagit avec l’apprenant, et les modules asynchrones, sans participation d’un professeur en situation de répondre à des questions ou de donner des conseils. Oublions ces nuances pédagogiques, pour importantes qu’elles soient. Les moments de partage réel, corps présent -pour parler comme les magistrats-, sont essentiels, pour certaines matières en tout cas, qui nécessitent d’éveiller la réflexion et de créer des réflexes plus que de transmettre des savoirs. Il en va ainsi de l’organisation du secteur et des métiers, ou des grands principes des lois fondamentales, sur les rapports locatifs ou la copropriété. Raisonnablement, si le CNTGI recommande une semaine de formation, deux ou trois jours pourraient être présentiels, le reste en distanciel. Le présentiel apporte non seulement un vrai dialogue avec le formateur, pas un simulacre d’échange aseptisé, mais également entre personnes formées, pour partager les bonnes pratiques et l’énergie. Voyez si vous vous souvenez de vos formations derrière l’écran…alors que vos cours d’école, de collège, de lycée ou d’université les plus remarquables vous ont forgé à jamais.

Des bénéfices de nature commerciale

Ce n’est pas tout: la façon d’attester que les compétences ont été intégrées est cruciale. Le choix de ne pas imposer de contrôle reviendrait à donner un coup d’épée dans l’eau. Il en va de la crédibilité de cette formation et de cette obligation réglementaire, en particulier auprès de l’opinion. Une épreuve finale garantit le sérieux du suivi de la formation. On peut imaginer une passation présentielle, pour éviter toute fraude, à l’instar du code de la route: les candidats, qui ont pu se former selon des modalités variables, doivent attester de leurs aptitudes dans un centre, avec un temps imparti pour répondre à des questions fermées. Leur téléphone portable leur est conservé pendant l’épreuve, dont ils ne reçoivent le résultat qu’en différé, pour qu’aucune pression ne puisse être exercée sur la personne responsable de l’accueil au sein du centre agréé. Il faut évidemment un maillage territorial suffisant, et pour les séances de formation physique et pour la passation de l’épreuve probatoire. Les syndicats professionnels, les CCI, les écoles spécialisées pourraient sans doute être mis à contribution.

Les professions immobilières ont tout à gagner à démontrer leur rigueur dans la mise en place de cette formation et dans son organisation. Elles doivent fuir la tentation, compréhensible, de tenir cette nouvelle obligation pour une contrainte et de vouloir à toutes forces l’alléger, sinon la vider de son sens. L’inverse donnera aux femmes et aux hommes de la transaction et de la gestion des lettres de noblesse. À la clé, des bénéfices de nature commerciale, avec un taux de pénétration majoré, une confiance mieux fondée du public, une défense des honoraires plus aisée, une attractivité plus forte pour les jeunes et les moins jeunes. Le décret à venir ne doit pas être inspiré par l’envie de jeter de la poudre aux yeux. Il doit marquer une étape déterminante dans l’histoire des professions concernées et témoigner de leur exigence envers elles-mêmes.