La baisse de la facture énergétique ne suffit pas, à elle seule, à rendre des travaux rentables à court terme. Hervé Degreve, cofondateur de Vasco et fin connaisseur du marché de la rénovation, observe depuis plusieurs années des centaines de projets, en maison individuelle comme en copropriété. «Si l’on raisonne uniquement en économies d’énergie, on est sur une échelle de décennie : c’est toujours plus de dix ans», explique-t-il. Dans la pratique, les gains annuels constatés oscillent le plus souvent «entre 500 et 2 000 euros par an», un niveau insuffisant pour amortir rapidement des travaux lourds.

À ce calcul théorique s’ajoute un phénomène bien connu des professionnels : l’effet rebond. Une fois le logement rénové, les ménages gagnent en confort et chauffent davantage, ce qui réduit l’économie attendue. «Les détracteurs de la rénovation s’en servent pour dire que ça ne sert à rien. En réalité, si la facture ne baisse pas autant, c’est aussi parce que le logement devient enfin vivable», souligne Hervé Degreve.

Rentabilité : l’ordre des travaux change tout

La rentabilité d’une rénovation ne dépend pas seulement du budget engagé, mais surtout de l’ordre dans lequel les travaux sont réalisés. Sans maîtrise des déperditions, changer un équipement de chauffage s’avère souvent inefficace. À l’inverse, une enveloppe performante permet d’optimiser les investissements suivants et d’en améliorer le rendement dans le temps. Isolation, puis chauffage, puis ventilation : ce séquençage conditionne à la fois la performance énergétique et la cohérence économique du projet.

Les propriétaires occupants recherchent avant tout un gain de confort, tout en acceptant que la rentabilité financière soit progressive. Les bailleurs, eux, font face à une double contrainte. D’un côté, la réglementation : la performance énergétique conditionne désormais la possibilité de louer. De l’autre, le marché : une passoire thermique trouve encore preneur, mais au prix d’un loyer rogné. Rénover permet alors de sécuriser la mise en location, de louer à un prix plus juste… et d’éviter une décote à la revente.

Cette approche modifie la lecture de la rentabilité. «Arrêtez de raisonner uniquement en économies d’énergie : la rénovation doit être pensée comme un investissement patrimonial», insiste Hervé Degreve. Les données notariales montrent que plus un bien est dégradé au départ, plus le potentiel de valorisation est élevé. Entre aides plus ciblées et durcissement réglementaire, la rénovation énergétique n’est plus un pari, mais un choix structurant de long terme, à la croisée du confort, du rendement locatif et de la valeur patrimoniale.