
Le succès du Plan épargne retraite (PER) se confirme année après année. Selon les derniers chiffres publiés le 17 mai par le ministère de l’Économie, les encours ont atteint 150,4 milliards d’euros au 31 décembre 2025, contre environ 124 milliards un an plus tôt. Dans le détail, les PER individuels concentrent à eux seuls 88,5 milliards d’euros d’encours, en hausse de 21 % sur un an. Les PER d’entreprise collectifs progressent également fortement avec 33,86 milliards d’euros (+22 %), tandis que les PER obligatoires atteignent 28,04 milliards d’euros (+13 %).
Créé par la loi Pacte en 2019, le PER s’est progressivement imposé comme l’un des principaux produits d’épargne longue en France. « Il y a un contexte favorable pour ce type de produit. On a aujourd’hui une forte angoisse sur la retraite. Environ 72 % des actifs craignent que leur pension ne soit pas suffisante pour bien vivre à la retraite », analyse Philippe Crevel, économiste et dirigeant du Cercle de l’Epargne.
Pourquoi le PER attire autant les Français
Le contexte démographique et les multiples réformes des retraites jouent un rôle central dans cet engouement. Le vieillissement de la population, le recul progressif de l’âge légal et les inquiétudes autour du niveau futur des pensions poussent de nombreux actifs à se constituer une épargne complémentaire. Le PER répond précisément à cette logique puisqu’il permet d’épargner durant la vie active pour disposer d’un capital ou d’une rente au moment du départ à la retraite.
Le produit présente également plusieurs avantages qui séduisent les épargnants. Contrairement à certains anciens dispositifs retraite jugés rigides, le PER offre une certaine souplesse avec la possibilité de sortir soit en rente, soit en capital. « Et il y a en plus une déduction fiscale à l’entrée », ajoute Philippe Crevel. Cette combinaison explique largement pourquoi le produit s’est rapidement imposé dans le paysage de l’épargne française.
Un avantage fiscal particulièrement attractif pour les hauts revenus
Le principal moteur du succès du PER reste son avantage fiscal. Les versements effectués sur le plan sont déductibles du revenu imposable, dans certaines limites. Plus le contribuable est fortement imposé, plus le gain fiscal devient important. « Ce sera mieux pour quelqu’un imposé à 45 % que pour une personne imposée à 14 % », résume Philippe Crevel.
Ainsi, un contribuable fortement imposé peut réduire significativement sa facture fiscale grâce aux versements effectués sur son PER. Cette mécanique rend le produit particulièrement attractif pour les cadres et les revenus élevés, même si le profil des épargnants tend progressivement à se diversifier. « Le profil des détenteurs se rajeunit par rapport à ce qu’on observait il y a quelques années », observe l’économiste. Les actifs commencent ainsi à préparer leur retraite de plus en plus tôt, parfois dès la trentaine.
PER et assurance-vie : une concurrence de plus en plus forte
Le PER est souvent comparé à l’assurance-vie, autre placement préféré des Français. Les deux produits partagent plusieurs caractéristiques communes : possibilité d’investir sur des supports variés, préparation de projets à long terme et avantages fiscaux. « Le PER et l’assurance-vie, c’est assez proche », estime Philippe Crevel.
Mais l’assurance-vie conserve un poids largement supérieur dans le patrimoine des ménages français. Les encours dépassent aujourd’hui 2 140 milliards d’euros, contre un peu plus de 150 milliards pour le PER. « Le PER reste encore un petit produit par rapport à l’assurance-vie, mais il grossit rapidement », précise l’expert. Certains épargnants préfèrent d’ailleurs l’assurance-vie pour sa plus grande souplesse, notamment parce que les fonds restent disponibles à tout moment, contrairement au PER qui est en principe bloqué jusqu’à la retraite.
Les erreurs à éviter avant d’ouvrir un PER
Malgré son succès, le PER n’est pas exempt de défauts. Plusieurs points méritent une attention particulière avant de souscrire. Le premier concerne les frais, parfois élevés selon les contrats : frais d’entrée, frais de gestion ou encore frais d’arbitrage peuvent réduire la performance globale du placement. « Il faut faire attention aux frais et les négocier », insiste Philippe Crevel.
Autre point important : la fiscalité à la sortie. Beaucoup d’épargnants privilégient une sortie en capital, mais celle-ci peut entraîner une imposition importante si les sommes sont retirées en une seule fois. « Le capital ressort dans l’impôt sur le revenu, ce qui peut faire grimper fortement la fiscalité », rappelle l’économiste. Pour limiter cet impact, il recommande d’étaler les retraits sur plusieurs années afin d’éviter de changer brutalement de tranche d’imposition.
Une épargne théoriquement bloquée jusqu’à la retraite
Le PER reste avant tout un produit d’épargne retraite. En principe, les sommes versées restent bloquées jusqu’au départ à la retraite. Il existe toutefois quelques cas de déblocage anticipé :
- achat de la résidence principale,
- invalidité,
- décès du conjoint,
- surendettement
- cessation d’activité après liquidation judiciaire.
Cette relative rigidité explique pourquoi certains Français hésitent encore à y placer une part importante de leur épargne. Mais pour ceux qui souhaitent préparer leur retraite sur le long terme, le PER apparaît désormais comme un outil incontournable. « C’est un produit qui s’impose progressivement », estime Philippe Crevel. Même si son poids reste encore limité face à l’assurance-vie, sa progression rapide confirme l’intérêt croissant des Français pour les solutions d’épargne retraite.



















