C'est la fin du mois, le virement du salaire n'est pas encore arrivé, mais un prélèvement passe… et le compte bascule dans le rouge. Parfois même, il dépasse le découvert autorisé. Une situation redoutée et que, pourtant, environ 13 % des Français vivent presque tous les mois. Dans certains cas, le découvert peut être salvateur, permettant de continuer à utiliser sa carte même dans les moments difficiles. Pourtant, cette facilité bancaire est en réalité un crédit, et l'un des plus chers qui soit.

« Le découvert n'est pas calculé de la même façon qu'un vrai crédit. On ne paie des intérêts débiteurs que sur la période où le compte est réellement en négatif, et le taux est ramené sur 365 jours. C'est davantage une facilité de crédit ponctuelle », rappelle Marie Rialland, directrice adjointe du comparateur MoneyVox.fr. Mais dans la pratique, ce fonctionnement est rarement à l'avantage du client. Près de quatre titulaires à découvert sur dix iraient régulièrement au-delà de l'autorisation accordée par leur banque, selon l'étude Panorabanques 2025. À ce stade, les frais s'empilent vite.

Le piège du minimum forfaitaire

Il faut savoir qu'en plus des agios calculés sur la durée et le montant du découvert, de nombreuses banques facturent un minimum forfaitaire par trimestre : un montant fixe, prélevé dès que le compte passe dans le rouge, quelle que soit la durée ou l'ampleur du découvert. Un compte à découvert de 50 euros pendant trois jours devrait théoriquement coûter une douzaine de centimes au taux maximum légal. Si la banque applique un minimum forfaitaire de 10 euros par trimestre, ce sont 10 euros qui seront prélevés à la place.

« C'est une pratique clairement décriée », explique Marie Rialland. « On se retrouve avec des montants qui n'ont rien à voir avec le taux qui devrait être appliqué, c'est parfois abusif. » Ce qui aggrave encore la situation : ce minimum forfaitaire n'entre pas dans le calcul du TAEG, le taux annuel effectif global. Il est donc invisible dans les comparatifs, et les clients ne peuvent pas en mesurer l'impact réel. Les montants pratiqués varient fortement selon les établissements.

Heureusement, une directive européenne, en cours de transposition en droit français, va interdire cette pratique à partir du 20 novembre 2026. Les frais fixes devront désormais être intégrés au TAEG, ce qui revient à les rendre impossibles à appliquer : ils feraient mécaniquement exploser le taux au-delà du seuil de l'usure.

Quand les frais partent en cascade

Un dépassement de découvert non autorisé ne déclenche pas seulement un taux majoré. Il peut enchaîner plusieurs frais simultanément : commissions d'intervention à 8 euros par opération, frais de rejet de prélèvement, lettres d'information de compte débiteur facturées. Le tout peut s'additionner rapidement, parfois pour une seule journée dans le rouge.

Et à propos des taux d'agios eux-mêmes, on peut être étonné par la différence entre une banque traditionnelle et une banque en ligne. BoursoBank et Fortuneo pratiquent un taux 7 % par an pour le découvert autorisé, quand les taux vont de 14 % à près de 20 % chez les banques traditionnelles, d'après le comparatif MoneyVox. C'est deux à trois fois plus qu'un crédit à la consommation classique, qui tourne autour de 5 à 7 % selon les profils.

Mais le réel avantage des banques en ligne est surtout sur les commissions d'intervention. Par exemple, Fortuneo, BforBank et Hello bank n'en appliquent pas. Dans les banques traditionnelles, ces commissions s'élèvent à 8 euros par opération, plafonnées à 80 euros par mois. Elles s'appliquent dès que le compte passe en situation de dépassement, c'est-à-dire au-delà de l'autorisation accordée. « Ce sera une vraie avancée », souligne Marie Rialland.

Sortir du rouge sans s'enfoncer

Marie Rialland met en garde contre une réaction qui peut sembler logique mais qui aggrave la situation : prendre un crédit pour combler un découvert. « Ce serait entrer dans une spirale de malendettement. Ça ne peut être qu'une solution temporaire, et encore. » Pour sortir de la spirale du découvert, la première étape est la plus simple à énoncer… mais aussi la plus difficile à mettre en pratique : remettre à plat ce qui entre et ce qui sort du compte. « Faire le tri entre dépenses nécessaires et dépenses qui pourraient être évitées », liste l'experte.

« On peut aussi diminuer des dépenses contraintes : changer d'opérateur téléphonique, de fournisseur d'électricité, d'assurance auto ou habitation », liste-t-elle. Quelques dizaines d'euros économisés chaque mois peuvent suffire à rester dans le vert. L'association Crésus propose un accompagnement budgétaire gratuit pour aider les ménages à reprendre le contrôle de leurs finances.

Pour les situations plus complexes, des solutions existent sans passer par un crédit. Le microcrédit personnel, à ne pas confondre avec les mini-prêts instantanés proposés sur le web (qui affichent des taux très élevés), est un dispositif encadré permettant d'emprunter un capital minimal dans des conditions contrôlées.