
En France, environ 4,4 millions de personnes perçoivent aujourd’hui une pension de réversion, selon les données évoquées dans le cadre des travaux du Conseil d’orientation des retraites (COR). Pourtant, entre 8 et 10 % des Français qui pourraient y prétendre ne la demanderaient jamais. Un phénomène qui touche particulièrement les ex-conjoints divorcés, nombreux à penser à tort qu’ils perdent automatiquement leurs droits lorsque leur ancien époux ou épouse se remarie après la séparation.
Cette méconnaissance peut pourtant coûter très cher au moment de la retraite. Car dans certains cas, la pension de réversion peut représenter plusieurs centaines, voire plus de 1 500 euros par mois. Un enjeu financier majeur alors que les règles actuelles pourraient bientôt évoluer. Le gouvernement et le Conseil d’orientation des retraites travaillent en effet sur une réforme d’ampleur du dispositif pour 2027, avec plusieurs pistes sensibles : ouverture aux couples pacsés, harmonisation des taux ou encore modification des conditions de ressources.
Un ex-conjoint peut toucher une pension de réversion même après le remariage du défunt
Le principe reste méconnu : lorsqu’un assuré décède, la pension de réversion peut être répartie entre les différents conjoints et ex-conjoints ayant été mariés avec lui. Le remariage du défunt n’efface donc pas les droits des précédents époux.
La répartition s’effectue au prorata de la durée de chaque mariage. Une première épouse mariée 20 ans puis une seconde épouse mariée 5 ans percevront ainsi respectivement 80 % et 20 % de la pension de réversion. « Beaucoup de personnes divorcées pensent, à tort, qu’elles perdent automatiquement tout droit dès lors que leur ex-conjoint refait sa vie. Or le divorce ne supprime pas nécessairement les droits à réversion acquis pendant le mariage », rappelle Maître Dominique Attias, avocate spécialisée en droit de la famille.
Dans les faits, si la retraite de base du défunt atteignait 2 000 euros par mois, la pension de réversion du régime général représentera 54 %, soit 1 080 euros bruts mensuels à partager entre les bénéficiaires. Dans ce cas précis, la première épouse percevrait environ 864 euros mensuels contre 216 euros pour la seconde.
Des règles très différentes selon les régimes de retraite
Toutes les pensions de réversion ne fonctionnent pas de manière identique. Dans le régime général de la Sécurité sociale, l’âge minimum est fixé à 55 ans et les ressources annuelles ne doivent pas dépasser 25 001,60 euros pour une personne seule en 2026, ou 40 002,56 euros pour un couple.
Le taux de réversion y est fixé à 54 % de la retraite de base du conjoint décédé. Le régime général prévoit également un minimum garanti de 331,94 euros par mois lorsque le défunt totalisait au moins 15 années de cotisation. À l’inverse, la pension de réversion de base reste plafonnée à 1 059,75 euros mensuels, même pour les retraites les plus élevées.
Du côté des retraites complémentaires Agirc-Arrco, les règles changent sensiblement. Le taux atteint généralement 60 %, sans condition de ressources, mais avec un âge minimum fixé à 55 ans sauf exceptions particulières. Dans la fonction publique, le taux est fixé à 50 % de la pension du défunt.
Dans certains régimes spéciaux ou professions libérales, des conditions supplémentaires peuvent exister, notamment concernant le partage entre bénéficiaires ou les conséquences d’un remariage du conjoint survivant.
Une réforme majeure de la pension de réversion se prépare pour 2027
Le sujet est désormais au cœur des discussions sur les retraites. Dans le cadre du conclave engagé en 2025-2026, le Conseil d’orientation des retraites travaille sur une réforme structurelle du système. Premier chantier : ouvrir potentiellement la pension de réversion aux couples pacsés et aux concubins. Aujourd’hui, seuls les couples mariés peuvent y prétendre dans la quasi-totalité des régimes. Cette évolution viserait à adapter le système aux nouvelles réalités familiales. Une personne ayant vécu plusieurs décennies avec son partenaire sans mariage peut aujourd’hui se retrouver sans aucun droit au décès.
Autre piste étudiée : instaurer un taux unique de pension de réversion pour tous les régimes. Aujourd’hui, les taux varient de 54 % à 60 %, voire davantage dans certains dispositifs facultatifs.
Le COR réfléchit également à harmoniser les plafonds de ressources. Certains régimes appliquent actuellement des limites de revenus strictes, tandis que d’autres ne prennent pas du tout les ressources en compte. Cette future réforme pourrait donc créer des gagnants mais aussi des perdants, notamment dans les régimes historiquement plus favorables.
Une pension qui peut évoluer plusieurs années après le décès
Autre règle peu connue : lorsqu’un des bénéficiaires décède, sa part peut parfois être redistribuée aux autres ex-conjoints survivants. Une ex-épouse peut donc voir sa pension de réversion augmenter plusieurs années après le décès initial de son ancien conjoint. « Beaucoup de personnes ignorent que leurs droits peuvent évoluer dans le temps. Il faut donc continuer à suivre sa situation auprès des caisses de retraite », souligne Maître Attias.
La pension de réversion n’est jamais versée automatiquement
C’est l’un des pièges les plus fréquents. La pension de réversion doit obligatoirement faire l’objet d’une demande. Sans démarche auprès des caisses de retraite, aucun versement n’est effectué, même si toutes les conditions sont remplies.
La demande peut être réalisée :
- via le portail Info-retraite ;
- directement auprès des caisses ;
- ou avec l’aide d’un conseiller spécialisé.
Pour constituer le dossier, plusieurs documents restent indispensables :
- acte de mariage ;
- jugement de divorce ;
- relevés de carrière ;
- justificatifs d’identité ;
- acte de décès.
Point important : dans le régime général, la rétroactivité est limitée à 12 mois maximum après le dépôt de la demande. « Beaucoup d’ex-conjoints découvrent trop tard qu’ils auraient pu demander une pension de réversion depuis plusieurs années », alerte Maître Dominique Attias.
Des montants parfois très élevés
Selon le niveau de retraite du défunt et la durée du mariage, les sommes peuvent devenir conséquentes. Pour une retraite globale de 3 500 euros mensuels, la réversion totale peut approcher 1 900 euros. Un ex-conjoint marié pendant 25 ans sur 30 années de mariage total pourrait alors percevoir près de 1 580 euros mensuels. Dans certains dossiers, la pension de réversion devient ainsi un véritable enjeu patrimonial après un divorce.
Les erreurs les plus fréquentes
De nombreuses personnes pensent perdre automatiquement leurs droits :
- parce que leur ex-conjoint s’est remarié ;
- parce qu’elles vivent aujourd’hui en couple ;
- parce que le divorce remonte à plusieurs décennies.
Pourtant, les droits restent souvent ouverts dans ces situations. Une personne divorcée vivant désormais en concubinage ou pacsée conserve généralement ses droits dans le régime général et à l’Agirc-Arrco.
En revanche, le PACS et le concubinage n’ouvrent aujourd’hui aucun droit propre à la pension de réversion dans la majorité des régimes. Seul le mariage est juridiquement reconnu. Une règle qui pourrait toutefois évoluer avec la réforme envisagée pour 2027.



















