Le PER est une enveloppe fiscale pour investir, dont la forme est semblable à celle de l'assurance-vie : elle permet d'investir en fonds euro et en unités de compte. Mais ses avantages fiscaux sont différents : les versements sont déductibles de votre revenu imposable dans la limite de 10 % de vos revenus professionnels, ce qui réduit votre facture fiscale immédiatement. En contrepartie, l'argent est bloqué jusqu'à la retraite, sauf cas particuliers (achat de la résidence principale, accident de la vie…).

Le Plan d'Épargne Retraite permet deux types de sortie : en capital (vous récupérez tout d'un coup) ou en rente viagère (vous touchez une somme fixe chaque mois jusqu'à votre décès). La rente viagère, c'est la sécurité d'un versement régulier à vie. « L'avantage de la rente, c'est qu'elle permet de générer un revenu récurrent, régulier et stable. Si on a vraiment besoin d'un complément de rémunération, c'est plutôt adapté », estime Benjamin Pedrini, cofondateur et directeur général d'Epsor. Mais en contrepartie, vous abandonnez votre capital à l'assureur : si vous décédez tôt, vous y perdez ; si vous vivez longtemps, vous y gagnez.

Quel capital faut-il pour toucher 1 000 euros de rente par mois ?

Le montant de la rente dépend de deux choses : le capital accumulé sur le PER et le taux de conversion appliqué par l'assureur au moment de la liquidation. Ce taux est calculé à partir des tables actuarielles, c'est-à-dire votre espérance de vie statistique à l'âge de départ. Plus vous partez tard, plus le taux est favorable, parce que l'assureur paie moins longtemps. « Il n'y a pas de formule universelle, ça dépend des assureurs, de l'épargne accumulée, de l'âge auquel vous demandez à transformer votre capital en rente viagère. Les assureurs utilisent des tables de mortalité pour considérer la durée de la rente », précise Benjamin Pedrini.

Ces tables varient donc d'un assureur à l'autre, et les frais d'arrérage (entre 1 et 3 %) viennent encore réduire la rente finale. Le mieux à faire reste de demander ces tables de conversion au moment de la souscription, si la rente viagère est la raison pour laquelle vous ouvrez un PER.

Pour une rente de 1 000 euros bruts par mois (12 000 euros par an), voici l'ordre de grandeur moyen des capitaux à avoir sur votre PER selon votre âge de départ

  • Départ à 62 ans (si on prend un taux de conversion de 3,6 % à 3,2 %) : il faut entre 333 000 et 375 000 euros
  • Départ à 65 ans (taux de conversion de 3,5 % à 4 %) : il faut entre 300 000 et 343 000 euros
  • Départ à 67 ans (taux de conversion de 3,8 % à 4,3 %) : il faut entre 279 000 et 316 000 euros

Benjamin Pedrini donne un ordre de grandeur simplifié : « On dit que pour obtenir 1 000 euros de revenu supplémentaire par mois de rente viagère, il faut avoir accumulé environ 300 000 euros de capital. » Mais ce chiffre vaut pour une liquidation autour de 64-65 ans. « Si vous demandez la rente à 50 ans avec 300 000 euros, elle sera largement inférieure à 1 000 euros. Si vous la demandez à 70 ans, elle sera bien supérieure. »

Combien épargner pour y arriver ?

L'avantage du PER, c'est l'effet fiscal à l'entrée : vos versements sont déductibles de votre revenu imposable, dans la limite de 10 % de vos revenus professionnels. Concrètement, si vous êtes imposé à 30 %, chaque 100 euros versés ne vous en coûtent que 70. Cela accélère mécaniquement la constitution du capital.

Pour atteindre 320 000 euros (milieu de fourchette) avec un rendement moyen de 5 % par an :

  • En commençant 15 ans avant la retraite : il faudra placer environ 1 200 euros par mois
  • En commençant 20 ans avant : environ 780 euros par mois
  • En commençant 25 ans avant : environ 540 euros par mois

Plus tôt vous commencez, moins l'effort d'épargne est élevé, car les intérêts composés feront le reste. Pour atteindre les 5 % de rendement, il est conseillé d'investir la totalité de vos versements en unités de compte (ou presque) lorsque l'horizon de placement est supérieur à 10 ans pour maximiser les gains. Puis, quand la retraite approche, vous pouvez arbitrer petit à petit vers des placements plus sécurisés (fonds euro, obligations…).

Vigilance néanmoins : pour que ça marche, il ne faut pas ouvrir son PER n'importe où. Un rapport d'information de l'Assemblée nationale de septembre 2024 rappelait que les frais des PER restent une vraie menace sur la performance : certains contrats bancaires affichent jusqu'à 5 % de frais sur versements, et des frais de gestion annuels de 2 % ou plus. Sur 30 ans, un écart de frais de 1,5 % peut vous coûter des dizaines de milliers d'euros de capital final. La règle d'or : privilégier un PER en ligne sans frais sur versements et avec des frais de gestion inférieurs à 1 % par an.

Ce que vous toucherez réellement

Les 1 000 euros de rente ne sont pas nets d’impôts et de prélèvements sociaux. Si vos versements ont été déduits à l’entrée (ce qui est le cas le plus courant), la rente est imposée comme une pension de retraite : abattement de 10 %, puis impôt sur le revenu selon votre tranche, plus 18,6 % de prélèvements sociaux appliqués sur le montant brut. Mais il y a une subtilité : un abattement selon l’âge que vous aviez au 1er versement de la rente. La fraction imposable est donc de 70 % si vous aviez moins de 50 ans, 50 % si vous aviez entre 50 et 59 ans, 40 % si vous aviez entre 60 et 69 ans et 30 % si vous aviez plus de 69 ans.

Concrètement, sur 1 000 euros bruts mensuels pour une personne de 65 ans, vous devriez toucher :

  • À la tranche de 0 % : 926 euros net par mois
  • À la tranche de 11 % : 826 euros net
  • À la tranche de 30 % : 656 euros net

Si vous avez choisi de ne pas déduire vos versements à l’entrée, la fiscalité est plus légère à la sortie, puisque vous ne paierez pas d’impôts pour éviter la double imposition, mais toujours les prélèvements sociaux avec le même abattement selon l’âge. En reprenant le même exemple, il reste :

  • À la tranche de 0 % : 926 euros net par mois
  • À la tranche de 11 % : 882 euros net
  • À la tranche de 30 % : 806 euros net

Ces chiffres sont donnés à titre indicatif. La fiscalité varie en réalité énormément d’une personne à une autre, et il est difficile d’anticiper combien vous allez payer d’impôt à ce moment-là (mécaniquement, le revenu baisse, donc la TMI devrait aussi baisser).