Quand on pense au lien néfaste entre la santé et le travail, généralement, les premières choses qui nous viennent à l’esprit sont les travailleurs qui opèrent dehors, dans des conditions parfois extrêmes, celles et ceux qui soulèvent des charges lourdes ou encore celles et ceux qui effectuent du travail à la chaîne. Et bien, sachez que, pour le salarié de bureau lambda, un lien de causalité existe aussi, selon une étude de EGYM Wellpass (ex Gymlib), enseigne de salles de sport, réalisée par Yougov et menée auprès d’environ 3 000 salariés, dont un tiers en France. Et ce lien de causalité est ressenti par une grande majorité des salariés interrogés. En effet, 87% des salariés français interrogés craignent que leurs conditions de travail aient un impact sur leur santé à long terme.

Pour autant, certains en ressentent déjà les effets à très court terme, notamment sur leur santé mentale. Un peu plus de la moitié (53%) des concernés estiment que leur équilibre psychologique est perturbé négativement par leur emploi. Pire, 49% constatent des troubles du sommeil liés au travail. Une santé mentale touchée qui affecte ensuite la santé physique, comme un effet boule de neige selon Jennifer Sitruk, directrice et porte-parole France chez EGYM Wellpass : «Ces résultats montrent à quel point les conditions de travail influencent aujourd’hui toutes les dimensions de la santé - physique, mentale et relationnelle, avance-t-elle. La frontière entre vie professionnelle et vie personnelle s’estompe», estime la porte-parole.

Un cercle vicieux sans fin entre santé et travail

Le travail peut donc impacter la santé du salarié … qui elle-même impacte le travail de ce dernier. En effet, 57% d’entre eux considèrent que leur capacité de travail a été affectée par leur fatigue mentale, par leur stress ou encore leurs troubles du sommeil. Et cela se ressent dans les comptes de l’entreprise. L’étude estime que la perte de productivité chez les salariés représente environ 5 à 10% de leur production. Un chiffre non négligeable à l’échelle d’une entreprise. Ces conséquences du travail sur la santé et inversement s’observent aussi sur les absences et le turnover, c’est-à-dire le renouvellement constant des effectifs d’une entreprise. Pour le premier, cela entraîne une augmentation de 30% chez les salariés concernés pour un coût estimé approximativement à 2-3% de la masse salariale pour l’entreprise. Pour le second, l’impact est bien plus dévastateur avec un coût estimé à 15-20% de la masse salariale.

La principale raison à tout cela : la sédentarité, par laquelle 71% des salariés interrogés se sentent exposés. Un facteur qui augmente de 30% le risque de mortalité cardiovasculaire selon l’OMS - Organisation mondiale de la santé. Pour tenter d’y remédier, Alexandre Dana, auteur du livre «La chaise tue», propose plusieurs solutions. Parmi celles-ci, «Changer les espaces avec des bureaux assis-debout, des pédaliers, des salles de réunion sans chaise, des zones de travail debout, etc», explique-t-il. Une autre, cette fois-ci plus classique et déjà pratiquée par certains salariés : «Des micro-pauses de mouvement toutes les 30 minutes, des rituels de mouvement». Autrement dit, des étirements.

Mais la prévention doit être l'affaire de tous, salariés et entreprises. Cette dernière aurait d'ailleurs tout intérêt à y investir. Selon l’étude, un euro engagé dans la prévention permet d’économiser trois à cinq euros sur les absences, la productivité ou encore les remplacements. Sur le même thème, une proposition récente, notamment portée par le député apparenté insoumis Aymeric Caron et ayant défrayé la chronique, pourrait répondre partiellement à ces problèmes : travailler 15 heures par semaine.