
Les salariés expérimentés le savent bien : tenter un dernier virage professionnel n’est pas une mince affaire. Pour preuve, selon une étude de l’Apec publiée en avril dernier, la mobilité reste l’un des freins majeurs pour les salariés seniors. «Une majorité des cadres seniors (65%) considère qu’un changement d’entreprise représente un risque important, contre 45% pour les cadres de 35 à 54 ans», pointe l’enquête. Un sentiment de vulnérabilité «alimenté par la perception d’une discrimination liée à l’âge», alors même que la mobilité est souvent synonyme de meilleure rémunération, et donc d’une fin de carrière plus confortable.
Derrière cela, un problème bien tenace : la difficulté des entreprises à valoriser l’expérience des 50 ans et plus. Vincent Binetruy, directeur général de Top Employers - l’organisme qui certifie les sociétés aux politiques RH jugées exemplaires -, l’a lui-même constaté : «Aujourd’hui, environ la moitié (46%) des entreprises certifiées Top Employers en France ont mis en œuvre une politique structurée en faveur des seniors.» Cocorico ? Pas vraiment. Il y a cinq ans, elles étaient 73% ! «On peut voir le verre à moitié plein, en se disant que l’on est effectivement l’un des meilleurs pays en la matière. Mais aussi qu’on recule de plus en plus, alors que c’est une initiative que les entreprises devraient saisir à bras-le-corps».
Top Employers, ça sert à quoi pour les seniors ?
Chaque année, Top Employers passe au crible les pratiques RH des entreprises qui souhaitent obtenir le précieux sésame de la certification. Si cette labellisation constitue une belle vitrine pour les employeurs, elle offre surtout une boussole précieuse pour les salariés, seniors compris. Car en candidatant à un poste d’une entreprise certifiée Top Employers, on a la certitude que cette dernière voit l’âge comme un atout, pas comme un frein.
Pour les salariés de 50 ans et plus, Top Employers va par exemple vérifier si l’entreprise met en place des politiques de tutorat, des entretiens de seconde partie de carrière dès 45 ans – bientôt rendus obligatoires dans le cadre du projet de loi sur l’emploi des seniors -, ou encore des dispositifs de retraite progressive.
La formation comme condition indispensable à la mobilité interne
Alors si vous souhaitez changer d’air professionnel tout en sécurisant votre job, la mobilité interne sera sûrement l’option la plus sûre. Cela ne se fait évidemment pas d’un coup de baguette magique. Tout passe par la formation, rappelle Cécile Pasdeloup, directrice du développement RH du groupe La Poste : «Les méthodes et les outils de travail changent tellement souvent qu’il faut constamment mettre à jour ses connaissances.»
A l’image de Dominique. Recruté «un peu par hasard» alors qu’il effectuait encore son service militaire, il réussit un concours (à l’époque, c’était la voie d’entrée) et devient facteur. Après 10 ans de tournée à gravir les échelons du groupe, il décroche finalement, en 2008, le poste de directeur d’établissement. Une progression qu’il décrit lui-même comme «pas forcément rapide, mais par petits pas».
S’il a réussi cette jolie ascension, c’est en partie grâce à la formation. Dominique a suivi les modules obligatoires, communs à tous les salariés du groupe (comme l’intelligence artificielle, par exemple), mais aussi des formations facultatives réservées aux postes d’encadrement. Parmi elles, un programme de six mois, mêlant ateliers collectifs, exercices de pitch, échanges de bonnes pratiques entre managers et tests de personnalité. Loin d’être anodins, ces cursus lui ont permis de mieux se vendre pour son prochain poste d’encadrement, mais aussi d’évoluer sur sa fin de mission. «J’étais de nature assez directive, et j’ai pris conscience que je gagnerais à être plus souple dans mon poste de manager», admet-il.
La mobilité interne est aussi possible chez les employés
La formation interne n’est d’ailleurs pas un privilège réservé aux cadres, loin de là. Dans une moyenne ou grande entreprise, vous disposez généralement d’une panoplie de modules accessibles depuis votre espace personnel : certifications en libre-service, ou formations soumises au feu vert de votre hiérarchie. Dans les faits, «lorsque la demande est conforme au projet professionnel, les managers les valident», assure Cécile Pasdeloup. Autant d’atouts à valoriser ensuite lors de votre traditionnel entretien annuel pour faciliter votre mobilité interne.
Si vous souhaitez changer de métier du tout au tout, renseignez vous également sur les formations liées aux dispositifs de reconversion. Au sein du groupe La Poste par exemple, la directrice du développement RH cite notamment des parcours qui mènent des facteurs vers des postes de chargé de clientèle en bureau de poste, ou même de concepteurs-développeurs ou techniciens. Des fonctions accessibles à des salariés parfois peu qualifiés, et qui le deviennent grâce à la formation. Depuis 2021, ce sont ainsi «près de 3 700 salariés qui se sont reconvertis en interne grâce à nos dispositifs», se félicite-t-elle. Pour des collaborateurs en milieu ou fin de carrière, il faut dire que le système est on ne peut plus rassurant : «On garde son CDI, tout en étant formé et accompagné financièrement. Il n'y a pas de risques, que des avantages.» Le tout assorti d’une prime de mobilité, histoire de faire grimper encore un peu plus votre fiche de paie.



















