
«Voilà, c'est fini (…) Je rentre chez maman à 55 ans en Bretagne». Ces quelques phrases écrites sur Linkedin ont propulsé Gwenaelle Chauvin sur le devant de la scène médiatique. A 55 ans, cette senior qui n’aime pas les étiquettes est devenue, malgré elle, une figure de proue des NER : ces salariés ni en emploi ni en retraite. «Trop éloignés de la retraite et trop vieux pour trouver un emploi, nous sommes dans une zone grise», explique cette communicante, ancienne chef d’entreprise et mère de deux enfants.
Lorsque son dernier contrat comme chargé de culture et de communication s’arrête, Gwenaelle Chauvin cherche un travail, sans succès. «Je n’étais pas assez diplômée même sur des postes peu qualifiés, mes compétences ne correspondaient pas à l’évolution de la société. On ne regardait même pas mon parcours, c’était d’une extrême violence.» En un an, elle envoie 1 500 CV. «Lorsque la date du loyer se rapproche, vous prenez toutes les offres et vous répondez». En vain. «Un jour, j’ai craqué et j’ai écrit ce post sur Linkedin. Très vite, de nombreux commentaires sont arrivés. J’ai pris conscience que je n’étais pas seule dans cette zone grise. Et que les diplômes n’étaient pas la raison des refus, c’était mon âge».
«Le plus dur, c’est de ne même pas avoir d’entretien»
Les NER représentent 21 % des 55-61 ans en France. Les femmes, victimes d’inégalités tout au long de leur carrière, sont surreprésentées. «Nous avons des parcours très différents, raconte Gwenaelle Chauvin. Parmi les personnes avec qui j’échange, il y beaucoup de femmes qui ont travaillé dans la communication, d’hommes qui sortent de la tech, de DG de transition. Pour beaucoup, ce sont des cadres avec des diplômes et des parcours exemplaires, qui ont été mis à la porte et qui galèrent pour trouver du travail».
Au quotidien, ces anciens salariés vivent un véritable enfer. «Au début, on se convainc qu’on va rebondir vite, on est plein d’énergie. Et puis à chaque repas entre amis ou en famille, ce sont les mêmes ‘alors, tu en es où ?’, ‘tu postules au bon endroit ?’ Je me suis isolée plutôt que de me fâcher. La honte arrive aussi car on ne s’assume plus de la même manière financièrement. Quand les indemnités s’arrêtent, c’est une réalité qu’on ne soupçonne pas, qu’on voyait dans les émissions, on se demande comment on va faire pour vivre ?» Dans l’incapacité d’assumer son loyer, Gwenaelle Chauvin est donc retournée vivre chez sa mère. «J’ai la chance d’avoir une maman exceptionnelle, capable de m’accueillir, ce n’est pas le cas de tout le monde». Elle continue à chercher du travail. «A 55 ans, je ne suis pas usée, j’ai la pêche».
Les NER, des candidats invisibles
Le plus difficile au quotidien ? «Ne pas avoir d’entretien et ne pas comprendre pourquoi, on a l’impression de ne pas pouvoir défendre notre candidature jusqu’au bout». Aujourd’hui, Gwenaelle Chauvin a rompu son isolement. «J’étais fracassée intérieurement, je me suis entourée et l’énorme soutien de cette communauté que j’ai trouvée notamment sur Linkedin fait du bien. On y partage la bonne nouvelle lorsque l’un de nous parvient à retrouver un emploi. Certains s’en sortent en montant leur propre entreprise mais ce n’est pas donné à tout le monde. D’autres créent des cabinets de recrutement pour les NER.» Son souhait ? «Que les politiques mettent enfin les cartes sur la table pour trouver des solutions. Les NER ont été invisibles trop longtemps. Nous n’avons pas envie d’être à la retraite, nous avons envie de participer à cette société».


















