L’impression de «ne plus faire partie de la société», le sentiment d’être «inutile», l’expérience d’un «isolement total», la sensation d’être considéré comme un «pestiféré»… Suite à un appel à témoignages lancé par Capital le 5 décembre dernier, le constat est sans appel* : de trop nombreux seniors - personnes âgées de 50 ans ou plus, dans notre cas -, se retrouvent complètement exclus du marché du travail parce qu’ils sont au chômage. Et ce, jusqu’à leur départ à la retraite, la plupart du temps.

Cela risque d’être le cas de Joseph**, 63 ans, marié - sa femme ne travaille pas - et père de deux enfants âgés de 15 et 17 ans. Après avoir travaillé plus de 30 ans dans le bâtiment (en région parisienne, vers Nantes, puis en Guadeloupe), ce sexagénaire a perdu son poste de direction chez l’un des groupes leaders de la construction en 2020, suite à un licenciement. Rentré en métropole avec sa famille depuis août de la même année, il cherche activement un nouvel emploi en CDI depuis cette date. Pour maximiser ses chances de retrouver un job, il a toutefois accepté d’élargir sa recherche à des missions en portage salarial, qui consistent à passer par une société de portage pour réaliser une prestation pour le compte d’une entreprise cliente.

Une situation «dramatique» pour les seniors de 60 ans et plus au chômage

Et cela a porté ses fruits : il a rapidement trouvé une mission de deux ans en tant que directeur de chantier du CHU d’Amiens, pendant laquelle il continuait tout de même à chercher un poste en CDI. Mais celle-ci a pris fin en décembre 2022. Depuis, il est inscrit à France Travail (ex-Pôle emploi) et touche, tous les mois, des allocations chômage. Malgré l’envoi d’une dizaine de candidatures en moyenne chaque mois, il n’est parvenu à décrocher qu’un ou deux entretiens téléphoniques. Pour le reste, soit il n’a obtenu aucune réponse, soit les retours étaient négatifs. «La question de l’âge est tabou dans les entreprises et n’est jamais évoquée pendant mes entretiens ou au moment du refus. Mais un ami qui gère un cabinet de recrutement m’a clairement dit que même si personne n’ose le dire, mon âge est rédhibitoire», confie Joseph.

Le hic, c’est que si notre témoin a déjà dépassé l’âge légal de départ à la retraite - 62 ans pour lui, un âge amené à monter à 64 ans avec la réforme des retraites -, il doit en réalité attendre ses 67 ans pour pouvoir profiter d’une retraite à taux plein, sans décote. «Beaucoup de personnes sont dans le même cas que moi et ne peuvent pas s’arrêter de travailler à 62 ou 64 ans. C’est encore plus compliqué pour nous. Car une fois le chômage terminé, comment fait-on ?», s’alarme-t-il.

La suite est réservée aux abonnés
Offre spéciale -30% avec le code HIVER26
  • Accès à tous nos articles pour comprendre l’économie
  • Des conseils pratiques et solutions concrètes pour gérer vos finances
  • Lecture immersive, publicité limitée
  • Sans engagement