
Un carrossier, un chargé d’affaires, un employé polyvalent d’hôtellerie … quel est le point commun entre toutes ces personnes ? Pour le savoir, rendez-vous rue Raoult Dautry, à l’Agence France Travail d’Ermont, dans le Val d’Oise, où était organisé, dans la matinée du 18 décembre dernier, un atelier «Senior 360». Objectif : aider les demandeurs d’emploi seniors, c’est-à-dire ceux de plus de 50 ans, à retrouver un emploi, soit dans leur domaine, soit par la reconversion. Lancés en octobre 2025, ces ateliers sont disponibles partout en France.
Ce matin de décembre, un peu avant neuf heures et demie du matin, une quinzaine de participants sont présents. Le mot d’ordre du jour pour les deux conseillères en charge de la réunion : «On verra le verre à moitié plein aujourd’hui». Aussitôt dit, aussitôt fait. A leur initiative, un tour de table quelque peu atypique est effectué, dans lequel chaque participant doit se décrire selon une qualité professionnelle qui les représente. Sociable, rigoureux, autodidacte … de nombreuses qualités sont énumérées.
Des demandeurs d’emploi seniors avec des approches différentes
Dans la foulée du tour de table, une première fiche leur est distribuée, dans laquelle ils doivent renseigner leurs expériences, compétences, besoins et souhaits. Un point d’achoppement prend forme sur les besoins. Pour une participante, ancienne cadre de la fonction publique souhaitant se reconvertir, c’est plutôt élaboré : «J'aimerais valoriser mes compétences en effectuant une VAE - Validation des Acquis de l‘Expérience - pour rentrer dans le secteur privé puisque je n’ai que mon bac», indique-t-elle. Pour un autre participant, c’est beaucoup plus terre-à-terre, sonnant comme un cri du cœur : «J’ai besoin de travailler, même avec un salaire moins élevé, explique-t-il, simplement. Je veux vraiment travailler», assène-t-il.
Des demandeurs d’emploi seniors désabusés par leur traitement sur le marché du travail
Une des conseillères lui répond, de manière encourageante : «C’est bien, les employeurs veulent des gens fiables et donc des seniors fiables». Un participant réagit alors, répondant que les employeurs ne sont pas prêts à embaucher des seniors, notamment en raison de leur salaire, plus élevé que ceux des travailleurs plus jeunes du fait de leur expérience. Un brouhaha d'assentiment s’élève dans la salle. Les conseillères, elles, répètent qu’elles sont justement là pour déconstruire les idées reçues. Elle s’appuie notamment sur une étude France Travail selon laquelle 68% des employeurs ne seraient pas braqués par l’âge. Des propos qui ne semblent pas convaincre les participants, dans un département où 32,5% des demandeurs d’emploi longue durée sont des seniors alors que ce chiffre y tombe à 20,6% quand toutes catégories d’âge sont confondues selon France Travail.
Les qualités des demandeurs d’emploi seniors mises en avant
Une fois cet échange terminé, place à la deuxième fiche d'exercice, une heure après le début de l’atelier. L’intitulé : «Transformer ses atouts en argument employeur». Ici, l’objectif est de démontrer ses compétences, qualités - fiabilité, autonomie, adaptation, etc. - au travers d’une anecdote. Exemple d’un participant, travailleur itinérant : «J’interviens au Luxembourg de temps à temps. Je ne parle pas anglais et la personne chargée de m’accueillir et de m’expliquer le problème ne parle pas français, commence-t-il. J’ai pourtant réussi à me débrouiller pour effectuer mes missions les fois où je m’y suis rendu», conclut-il. La conseillère lui explique qu’il s’agit d’une anecdote à raconter aux employeurs lors des entretiens. Chose faite par le concerné lors de son dernier entretien et qui a fonctionné puisque l’entreprise voulait le recruter … jusqu’à ses demandes salariales, mettant fin au recrutement.
Un focus sur la recherche d’emploi et les services pour les demandeurs d’emploi seniors
Après le passage d’autres participants, une fiche leur est donnée. Cette fois-ci, il est plus question du projet professionnel et de la recherche d’emploi que du savoir-être ou savoir-faire des participants. Il y a des questions sur le métier recherché, leur expérience, la nécessité d’une formation ou non, la création de leur CV, de leur lettre de motivation, d’alertes sur les sites de recherche d’emploi ou encore d’un projet de création ou reprise d’entreprise. C’est notamment le cas pour un participant.
Atout Senior
En parallèle, une présentation des services de France Travail a lieu, parmi lesquels figure Atout Senior, un dispositif permettant une formation intensive de quatre mois, suivie d’une formation en entreprise de deux à trois mois, le tout financé par le CPF - Compte Personnel de Formation - et l’entreprise. Ce dispositif n’est cependant expérimenté que dans 10 régions pour le moment.
Un atelier utile pour les demandeurs d’emploi seniors et les conseillères
Justement, l’atelier semble avoir aidé les participants, à en croire leurs propos : «J’ai trouvé l’atelier intéressant, nous explique l’ancienne cadre de la fonction publique. Les fiches m’ont donné une perspective plus claire de ce qu’attendent les employeurs. J’ai eu les informations qu’ils me manquaient de ma conseillère», conclut-elle. Même son de cloche chez un autre participant : «Lorsqu’on a un entretien avec notre conseiller référent, il prend moins le temps, considère-t-il. L’atelier est bien car on prend plus le temps : j’ai eu des informations que je n’aurai pas pu avoir avec mon conseiller», affirme-t-il.
Du côté des conseillères en charge de l’atelier, le ressenti est similaire : «C’est le quatrième atelier Senior 360 qu’on effectue à l’agence d’Ermont et, généralement, le participant nous remercie d’avoir pris contact avec lui, d’avoir créé une atmosphère où on libère la parole», déclarent-elles. Pour aller plus loin ? «C’est la première pierre de l’édifice de leur réflexion pour leur entretien personnalisé avec leur conseiller référent», indiquent-elles. De quoi aider les participants à retrouver un emploi ? «J’espère», nous dit l’un d’entre eux.

















