Bientôt la fin du cumul emploi-retraite ? Non, mais les règles liées à ce dispositif permettant à certaines personnes à la retraite de continuer à occuper une activité professionnelle en la cumulant avec le montant de leur pension, vont évoluer dès le 1er janvier 2027. Jusqu’alors, la reprise d’activité permettait d’augmenter sa pension sous conditions, comme avoir fait valoir son droit à la retraite de base et complémentaire, avoir rempli des conditions d’âge et avoir cessé préalablement son activité professionnelle. Mais comme le précise le site du Service public, les règles évoluent.

En effet, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 modifie le dispositif. Il n’y aura ainsi plus de distinction entre cumul intégral et cumul plafonné, et seul l’âge sera pris en compte. Si vous reprenez une activité professionnelle avant l’âge minimum légal, les montants de votre revenu d’activité professionnelle seront déduits en totalité de votre pension de retraite. Si c’est le vous le faites entre l’âge minimum légal et 67 ans, vous pourrez alors cumuler vos revenus et vos pensions si ces revenus ne dépassent pas 7 000 euros par an.

Les seniors avancent leur départ à la retraite

Enfin, à partir de 67 ans, vous pouvez en revanche cumuler intégralement vos pensions de retraite et vos revenus d’activité et de remplacement sans plafond. Une réforme déjà dénoncée par les entreprises alors que le marché du travail est déjà très compliqué. Dans une tribune relayée par Le Journal des entreprises, six DRH de grands groupes français redoutent une perte de compétences dans les entreprises. «En durcissant brutalement le cumul emploi-retraite dès 2027, la France s’apprête à couper le lien entre ses entreprises et leurs experts les plus expérimentés», écrivent en préambule les DRH de L’Oréal, Vinci, Schnider Electric, Transdev, Bouygues et Sopra Steria.

Tous veulent alerter sur «les conséquences irréversibles pour les compétences, l’attractivité et le leadership des champions français». Et les effets se ressentent déjà, déplorent-ils, avant même que la réforme n’entre en vigueur, puisque de nombreux seniors ont d’ores et déjà décidé d’avancer leur départ à la retraite. Or, leur présence dans les entreprises est primordiale, mettent-ils en avant, ne serait-ce que du côté de la transmission. «Si les retraités sont démotivés à travailler, ce complément de transmission devient impossible», redoutent-ils.

Une génération difficile à remplacer

Pour ces DRH, il n’y a pas que les programmes industriels de concernés. Ils citent le domaine du luxe et la nécessaire «transmission des gestes artisanaux», la cosmétique et la pharmacie où les chercheurs «assurent la continuité des programmes de R&D» ou encore les banques dont les architectures et processus sont compliqués à transmettre. Alors que l’expertise française est louée dans de nombreux pays, elle a mis «des générations à être bâties», écrivent-ils. Et de constater : «Affaiblir la disponibilité des experts et spécialistes à la retraite, c’est fragiliser un avantage compétitif de long terme de l’économie française.»

Alors que le départ massif de la génération des baby-boomers arrive à sa fin, il sera compliqué de remplacer cette génération, laissent-ils entendre. Ils fustigent enfin un «pari perdant-perdant», dont le seul but de la réforme est de «dissuader le travail à la retraite pour inciter à la prolongation de carrière». Un pari perdant autant pour les entreprises que le taux d’emploi des seniors et «pour l’économie». Les six DRH demandent désormais d’agir «en urgence», notamment en fixant «un seuil d’écrêtement au moins à 50 000 euros et non à 7 000 euros», mais surtout de «remettre le CER à plat PLFSS 2027 pour en faire un véritable levier d’emploi des retraités, simple, attractif».