
Le cumul emploi-retraite recouvre deux situations distinctes. D’abord, le cumul libre, qui permet de reprendre une activité professionnelle sans limite de revenus, à condition d’avoir réuni les conditions du taux plein et liquidé l’ensemble de ses pensions de retraite, de base comme complémentaires.
À défaut de remplir l’une de ces conditions, l’assuré relève du cumul plafonné : il peut travailler tout en percevant sa pension, mais dans la limite d’un plafond de revenus, au-delà duquel la retraite est suspendue. Pour le régime général par exemple, la somme des revenus d’activité et des pensions de retraite ne doit pas dépasser la moyenne mensuelle des revenus d’activité des trois derniers mois d’activité, ou 1,6 fois le Smic si plus avantageux.
Le cumul emploi-retraite rendu générateur de nouveaux droits par la réforme des retraites de 2023
La réforme des retraites de 2023 est venue renforcer l’attractivité du dispositif. Jusqu’alors, les cotisations versées dans le cadre d’un cumul emploi-retraite n’ouvraient aucun droit retraite supplémentaire. Depuis, les retraités en cumul peuvent acquérir de nouveaux droits à la retraite, donnant lieu, lors de l’arrêt définitif de leur activité, au versement d’une seconde pension – ces droits supplémentaires étant toutefois plafonnés.
Résultat : le cumul emploi-retraite s’installe durablement dans les parcours des seniors. Une dynamique portée par un allongement de l’espérance de vie, et une aspiration croissante à rester actif plus longtemps, pour certains par choix, pour d’autres par nécessité.
Dès 2027, un changement de cap avec une forte limitation du cumul emploi-retraite
À partir du 1er janvier 2027, la donne va radicalement changer. Les règles du cumul emploi-retraite évoluent de manière significative, avec un durcissement très marqué avant 67 ans.
D’abord, avant l’âge légal de départ, c’est-à-dire 64 ans pour les générations nées à partir de 1969, le cumul ne serait plus possible. Toute reprise d’activité entraînerait une réduction de la pension à hauteur des revenus perçus, pouvant aller jusqu’à sa suppression totale. Dans les faits, cumuler un emploi et une retraite avant l’âge légal n’aurait donc plus aucun intérêt financier.
Ensuite, entre l’âge légal et 67 ans, le cumul resterait autorisé, mais dans des limites financières strictes. Des plafonds de revenus seraient instaurés et, en cas de dépassement, la pension serait partiellement réduite. Un fonctionnement proche du cumul plafonné actuel, dont les seuils devraient être fixés par décret mais qui ont déjà été annoncés autour de 7000 euros par an.
Enfin, ce n’est qu’à partir de 67 ans, âge automatique du taux plein, que le cumul deviendrait libre et producteur de droits. Autrement dit, avant cet âge, les assurés n’auraient plus la possibilité de cumuler sans plafond ni de générer de nouveaux droits à la retraite, même s’ils bénéficient déjà d’une pension à taux plein grâce aux trimestres acquis.
Concrètement, le cumul emploi-retraite «sans contrainte» et générateur de nouveaux droits serait réservé aux seuls assurés ayant atteint l’âge du taux plein automatique. Pour les autres, le dispositif perdrait une grande partie de son intérêt économique.
Pourquoi un tel changement de cap ?
Limiter le cumul emploi-retraite jusqu’à 67 ans, ce n’est pas seulement ajuster un dispositif technique. C’est un choix fort, et notamment en termes de modèle de fin de carrière.
L’enjeu n’est plus seulement de permettre de travailler après la retraite, mais bien de maintenir les seniors en emploi plus longtemps, au-delà de l’âge légal et du taux plein. En faisant perdre au cumul emploi-retraite ses principaux atouts financiers, la retraite progressive s’impose comme une alternative privilégiée, et notamment depuis l’abaissement de son âge d’accès à 60 ans. Elle permet de réduire son temps de travail et de percevoir une partie de sa pension, tout en continuant à cotiser.
Ce durcissement s’inscrit plus globalement dans le cadre de notre défi démographique. La France doit déjà faire face à un déséquilibre structurel de son système de retraite : de plus en plus de retraités pour de moins en moins d’actifs, une tendance qui fragilise mécaniquement le modèle par répartition.
Le cumul emploi-retraite n’est donc sans doute pas appelé à disparaître. Mais il pourrait redevenir ce qu’il était à l’origine : un dispositif ciblé, réservé à certaines situations, et non plus un levier largement accessible d’optimisation de fin de carrière.
(1)DREES, Les retraités et les retraites, édition 2025.



















