Ça se bouscule dans les couloirs, rue de Grenelle, où les partenaires sociaux sont invités par le ministère du Travail à discuter du projet de réforme des retraites. L’ambiance? «Toujours très cordiale. On ne se tape pas dessus, les gens en face sont très sympathiques, à l’écoute…», commence Dominique Corona, le secrétaire général adjoint de l’Unsa. «La méthode est intéressante…», indique de son côté Pascale Coton, la vice-présidente de la CFTC. «Bon, il faut déjà se souvenir que le gouvernement a été contraint à ces concertations. Son premier souhait était quand même de passer en force!», relativise Michel Beaugas, le secrétaire confédéral de Force ouvrière. Mais il en faut peu pour que les masques finissent par tomber. «Le gouvernement ne sort pas du bois. Et pour l’instant, on évite soigneusement le sujet du report de l’âge…», lâche enfin le négociateur de l’Unsa.

>> Notre service - Une question sur votre future retraite ? Nos experts partenaires vous répondent avec une solution personnalisée

Voilà qui confirme, s’il le fallait, que faire passer cette énième réforme des retraites, visant à retarder l’âge de départ, n’aura rien d’une partie de plaisir. La Première ministre Elisabeth Borne l’a pourtant rappelé dans une interview au «Parisien», alors que s’ouvrait le dernier des trois cycles de concertation prévus. «Le report progressif de l’âge de départ à la retraite de 62 à 65 ans d’ici 2031, c’est ce qui permet de ramener le système à l’équilibre dans les dix ans.»

La démographie n’a effectivement rien de favorable: alors que l’on comptait plus de 2 cotisants pour 1 retraité dans les années 2000, ce ratio ne cesse de baisser, du fait du papy-boom et de l’augmentation de l’espérance de vie. Et, à part quelques excédents exceptionnels, comme en 2021 et en 2022, le solde du système deviendra durablement déficitaire, jusqu’à «dépasser les 12 milliards d’euros en 2027», avertit la locataire de Matignon. Par ailleurs, c’est compter sans les cotisations versées par l’Etat employeur au régime des fonctionnaires, ni les subventions d’équilibre déboursées pour boucher les trous de certaines caisses des régimes spéciaux.

D’après l’Institut économique Molinari, ce sont 33 milliards d’euros qu’il faudrait dès lors ajouter à la balance, pour «avoir le bon diagnostic», abonde Nicolas Marques, son directeur général. Bref, pour rééquilibrer les comptes, et à moins d’augmenter les cotisations qui noircissent déjà les fiches de paie ou d’accepter un rabot sur les pensions des retraités, le recul de l’âge semble inévitable. Pendant la campagne, le président candidat espérait de la sorte dégager 9 milliards d’euros d’économies annuelles d’ici à 2027, tout en finançant des mesures de solidarité comme le minimum de pension à 1100 euros pour une carrière complète. Et pourquoi pas un peu de la dépendance, ce cinquième risque, parent pauvre de la Sécurité sociale.

Si Emmanuel Macron s’est autorisé de telles ambitions, c’est sans doute que les économies promises sont, en principe, mathématiques. «Si les gens sont obligés de partir plus tard à la retraite, ils travailleront plus longtemps, continueront de cotiser et ne viendront pas grossir les effectifs des retraités. Plus de cotisants, moins de pensions à verser, c’est mécanique!», schématise Vincent Touzé, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques). L’équation risque cependant d’être un peu plus complexe. Tout dépendra d’abord de la montée en puissance de la réforme.

A priori, le gouvernement table sur un recul progressif, à raison par exemple de quatre mois par an à compter de l'été 2023. Le tout pour atteindre «63 ans en 2025, 64 ans en 2028 et 65 ans en 2031», comme l’a présenté Emmanuel Macron en octobre sur le plateau de France 2. Rien ne dit que ce rythme ne sera pas allégé. Tandis que la réforme elle-même pourrait être amendée, en portant la borne d’âge à 64 ans, plutôt qu’à 65. Le chef de l’Etat s’est dit ouvert à cette option, à condition qu’elle soit doublée d’un allongement de la durée de cotisation pour avoir le taux plein, ou d’une accélération de la réforme Touraine.

Pour rappel, celle-ci, entrée en vigueur en 2020, a instauré une augmentation de cette durée de cotisation, à raison d’un trimestre supplémentaire toutes les trois générations, pour atteindre 43 annuités d’ici à 2035. «En fonction de ces options et du calendrier adopté, un recul de deux ans de l’âge minimal permettrait tout au plus quelques milliards d’économies d’ici à 2027, et il faudrait alors attendre 2031 pour en espérer 10 milliards», chiffre François Ecalle, président de l’association Fipeco. «En fonction du mixage, il peut y avoir de la perte en ligne par rapport à ce qui était initialement prévu», confirme Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l’épargne.

La suite est réservée aux abonnés
Offre spéciale -30% avec le code HIVER26
  • Accès à tous nos articles pour comprendre l’économie
  • Des conseils pratiques et solutions concrètes pour gérer vos finances
  • Lecture immersive, publicité limitée
  • Sans engagement