L’alerte est claire et sans détour. Dans une interview accordée aux Echos, Emanuele Cappellano, nouveau patron Europe de Stellantis, dresse un constat préoccupant sur l’avenir de l’industrie automobile européenne. Sans évolution rapide de la réglementation et du soutien public, le secteur pourrait entrer dans une phase de déclin durable. Alors que Stellantis cherche à regagner des parts de marché dans un contexte de ventes atones, son dirigeant européen pointe la concurrence chinoise, jugée presque impossible à rattraper sans appui politique.

«Aujourd’hui, il y a un écart d’environ 30% entre le coût d’un véhicule chinois et celui d’un véhicule européen», explique-t-il. Une différence liée, selon lui, à plusieurs facteurs : subventions publiques, coûts des batteries, de l’électronique, mais aussi à l’existence en Chine d’une chaîne d’approvisionnement locale complète, inexistante en Europe. Même avec des progrès technologiques, l’industrie européenne resterait pénalisée par des coûts structurels plus élevés.

Des coûts en hausse et des marges menacées

Pour Emanuele Cappellano, les efforts des industriels ne suffiront pas : sans un soutien clair de l’Union européenne, rivaliser avec les constructeurs chinois relèverait de l’illusion. Autre facteur clé du malaise actuel : la flambée des prix des voitures. Le dirigeant rappelle qu’en quelques années, l’offre accessible s’est quasiment évaporée. «Il y a trois ans, nous avions 49 véhicules proposés à moins de 15 000 euros, aujourd’hui, zéro», constate-t-il. En cause, non pas une explosion des marges, mais l’augmentation continue du coût des équipements.

La situation est encore plus critique pour les véhicules électriques. Sous la pression des objectifs réglementaires et fiscaux, les constructeurs seraient contraints de vendre certains modèles à perte. «Aujourd’hui, le choix est le suivant : soit je paie une amende, soit je perds de l’argent en vendant des véhicules neufs», résume le dirigeant. En Europe, les marges du secteur diminuent d’année en année et «sont sur le point de devenir négatives».

«Quelque chose doit changer, et cela doit changer maintenant»

Pour Stellantis, le problème est désormais structurel. «Il n’y a pas de demande naturelle pour les véhicules électriques. Elle ne se manifeste que lorsqu’il y a des subventions (…) ou lorsque les constructeurs réduisent le prix en brûlant du cash», affirme Emanuele Cappellano. Dans ces conditions, vouloir accélérer la transition sans ajuster le cadre économique ne ferait, selon lui, que creuser les pertes.

Le dirigeant appelle donc la Commission européenne à agir rapidement. «Si nous voulons nous en sortir d'une manière durable pour l'industrie européenne, quelque chose doit changer, et cela doit changer maintenant», prévient-il. A défaut, l’Europe risque de perdre bien plus que des parts de marché : fournisseurs, savoir-faire, compétences et ingénierie pourraient être durablement fragilisés.

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