Le dossier des eaux minérales de Nestlé Waters continue de s’enliser dans les procédures judiciaires. Alors que le groupe est déjà fragilisé par plusieurs controverses depuis 2024, un nouvel acteur du secteur, Bonneval Emergence, a décidé de passer à l’offensive en contestant devant la justice l’usage de l’appellation «eau minérale naturelle» pour plusieurs marques emblématiques du groupe, dont Perrier, Contrex et Vittel. La société savoyarde a annoncé mercredi 27 mai avoir engagé des recours devant les tribunaux administratifs de Nîmes et de Nancy, rapporte Le Monde.

Ceux-ci visent des arrêtés préfectoraux autorisant Nestlé Waters à poursuivre l’exploitation de certaines sources, malgré l’utilisation de procédés de filtration contestés. Ces démarches font suite à plusieurs recours déposés le 3 février contre des décisions prises fin 2025 par les préfets du Gard et des Vosges. Ces arrêtés autorisent la multinationale à continuer d’exploiter ses sites de production sous le label d’«eaux minérales naturelles». Les autorités concernées disposaient de deux mois pour les retirer, sans qu’aucune annulation n’ait été prononcée.

Le cœur du litige : la microfiltration

En parallèle, Bonneval Emergence a également engagé une action pour «concurrence déloyale» devant le tribunal des activités économiques de Nanterre en décembre dernier. L’entreprise affirme être «déterminée à défendre le respect strict du cadre réglementaire applicable aux eaux minérales naturelles et à aller jusqu’au bout de toutes les voies de droit à sa disposition». Au centre du différend se trouve l’utilisation de procédés de microfiltration par Nestlé Waters.

Selon Bonneval Emergence, ces techniques seraient incompatibles avec la réglementation qui encadre les eaux minérales naturelles, lesquelles ne peuvent subir de traitements modifiant leurs propriétés microbiologiques. Le dirigeant de Bonneval Emergence, David Merle, critique fermement ces pratiques. Il dénonce «des procédés incompatibles avec cette appellation» et estime que l’utilisation de filtres à 0,45 micron remet en cause la définition même de l’eau minérale naturelle.

Nestlé Waters rejette les accusations

De son côté, Nestlé Waters assure respecter l’ensemble des règles en vigueur. Dans un communiqué publié mercredi, l’entreprise affirme que «les sites de Nestlé Waters en France, dont celui de Vergèze, opèrent en conformité avec le cadre réglementaire applicable et avec les lignes directrices des autorités». Le groupe a également réagi à des informations révélées par Radio France concernant la destruction ou le blocage de près de trois millions de bouteilles produites sur le site de Vergèze. Ces lots auraient été retirés du marché après la détection de bactéries ou de risques de contamination microbiologique.

Nestlé Waters précise que «les tests et contrôles réguliers, les mises en attente temporaires de produits ainsi que des destructions ciblées de produits font partie de la gestion intégrée de la qualité au quotidien dans toute usine agroalimentaire, et en particulier pour un produit naturel».

Des pratiques toujours sous le feu des critiques

Cette nouvelle procédure s’ajoute à une série de controverses qui touchent le groupe depuis l’éclatement du scandale en 2024. Nestlé Waters avait alors reconnu avoir utilisé par le passé des traitements interdits. Depuis, l’entreprise a progressivement modifié ses procédés de traitement, passant notamment à une microfiltration à 0,2 micron, elle-même contestée.

Pour se conformer aux exigences réglementaires, le groupe a ensuite opté pour une filtration à 0,45 micron et déposé de nouvelles demandes d’autorisation auprès des préfectures concernées. Ces dernières ont été validées fin 2025 par le préfet du Gard pour les forages liés à la marque Perrier, ainsi que par le préfet des Vosges pour les sites produisant Contrex et Hépar.