
Le combat continue. Ce mardi 18 mars, de nombreux livreurs Uber Eats, Deliveroo et Stuart sont appelés à manifester pour une meilleure rémunération. La mobilisation - initiée par Livreurs CGT, la Fédération nationale des autoentrepreneurs & microentrepreneurs (FNAE) et Sud Livreurs - est organisée dans une trentaine de villes en France dont Paris, Rennes, Lille et Bordeaux.
Fabian Tosolini, délégué national d’Union Indépendants, demande que les plateformes mettent en place «en urgence un prix minimal garanti de 3,20 euros par course». Pour lui, cette mesure devra ensuite être complétée par une «refonte complète» du système de paiement avec la mise en place d’une «rémunération horokilométrique» qui prendrait en compte toute la course : de son acceptation par le livreur à la livraison chez le client.
Un algorithme opaque et des revenus en baisse : pourquoi les livreurs protestent
«Nos conditions de travail se sont fortement dégradées depuis le mois d’octobre 2023, depuis c’est la cata», exprime Amandine, livreuse Uber Eats dans l’Essonne. En effet, selon l’Union des livreurs, une réforme des algorithmes des plateformes a été expérimentée dès le 10 octobre 2023 dans trois villes avant d’être généralisée à l’ensemble du territoire, le 1er novembre 2023. Ce nouveau système de tarification, fondé sur un «algorithme opaque fait varier les courses à la hausse ou à la baisse», dénonce Union Indépendants. Comme le précise le syndicat des livreurs indépendants, depuis ce changement algorithmique des plateformes, «les livreurs voient leur chiffre d’affaires baisser continuellement, avec une perte moyenne de 25%».
Un élément confirmé par une étude de l’Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi (ARPE), publiée en octobre 2024. Ces données montrent que le revenu moyen des livreurs des plateformes «a baissé depuis 2021, et ce, peu importe la plateforme». D'après les estimations de l’étude, l’évolution des revenus horaires, incluant le temps d’attente, varie selon les plateformes entre 2021 et 2023. Chez Deliveroo, les livreurs percevaient en moyenne 17,30 euros de l’heure en 2021 contre 16,80 euros en 2023. Une baisse similaire est observée chez Uber Eats, où le revenu horaire est passé de 11,90 euros à 10,10 euros sur la même période. La tendance se confirme également pour Stuart, avec une diminution de 13,10 euros en 2021 à 11,30 euros en 2023.
Je connais des livreurs qui gagnent que 20 euros par jour
Amandine, livreuse Uber Eats, témoigne de la galère du métier
La baisse des revenus est également constatée par Amandine qui pratique le métier depuis février 2021 : «Avant cette réforme le vendredi j'arrivais à faire entre 200 et 250 euros bruts la journée pour une trentaine de commandes. Vendredi dernier, j’ai fait 31 commandes et sans les pourboires, j’ai fait 170 euros. Ça démotive…». Après déduction des cotisations Urssaf, qui représentent 23 % de ses revenus, ainsi que des frais liés à l'essence, son objectif de gagner 1 000 euros par semaine reste difficilement atteignable, «sauf à terminer à 2 heures du matin».
Des horaires à rallonge qu’il faut d'ailleurs maintenir pour recevoir le maximum de commandes : «Je connais des livreurs qui gagnent que 20 euros par jour. Il faut vraiment se connecter en permanence pour être mis en avant par les plateformes» sous peine de ne plus travailler. «J’ai beaucoup de collègues qui ont lâché l’affaire», explique Amandine. «C’est dommage que ce soit devenu aussi galère car le métier a plein d’avantages : on a une vraie liberté, on est tout le temps dehors, on gère son temps comme on veut…» souligne-t-elle.
Autre problème signalé par Amandine, le non-versement des primes de risques, comme la «prime de pluie». «Avant quand on roulait pendant trois heures sous la pluie, on touchait environ 15 euros, tout ça a disparu. Récemment, il y a eu des inondations dans mon département, je rajoutai des dizaines de kilomètres pour les commandes, même sous la neige, on a eu zéro centimes en plus», se désole-t-elle. D’après les syndicats, les plateformes devraient faire de nouvelles propositions en marge de la mobilisation du 18 mars. Affaire à suivre…

















