L'actuelle majorité municipale parisienne s'en serait bien passée : à seulement sept mois du scrutin municipal, la chambre régionale des comptes d'Île-de-France a remis un rapport particulièrement sévère sur les finances parisiennes, que Le Parisien a pu consulter. Selon ses magistrats, qui ont épluché les comptes de 2021 à 2024, la Ville n'a plus d'autre choix que de recourir massivement à l'emprunt pour financer ses investissements. Résultat : un encours de dette qui atteignait 9,3 milliards d'euros fin 2024, soit une hausse de 20 % en seulement trois ans. Sur une décennie, la progression atteint +120 %. «La situation financière s'est dégradée ne permettant plus à la Ville de financer ses investissements autrement que par un recours à l’emprunt qui dépasse aujourd’hui les ratios prudentiels», résume le rapport.

La chambre s'inquiète d'autant plus que la municipalité a déjà épuisé plusieurs leviers fiscaux. Après la hausse de la taxe foncière en 2023, la réforme du stationnement et l'augmentation des redevances versées par les concessionnaires, les marges de manœuvre semblent désormais très limitées. Or, malgré ces hausses, la capitale «n'a pas réussi à accroître le niveau de son épargne brute de façon durable», ajoutent les auteurs du rapport, appelant à «développer une culture de l'efficacité de la dépense».

La majorité crie au rapport «bâclé»

Anne Hidalgo et son adjoint aux finances, Paul Simondon, contestent vivement ces conclusions. La maire socialiste dénonce une enquête «truffée d'erreurs factuelles» et «contraires aux pratiques de la Chambre», estimant que «cette méthode inédite a de toute évidence été mise en place afin de permettre une publication du rapport avant le début de la réserve électorale». L'élue va jusqu’à mettre en garde contre une enquête «pouvant donner lieu à une instrumentalisation».

Paul Simondon se dit lui aussi «interloqué par le choix de la Chambre d'avoir fait une enquête en quatrième vitesse». Selon lui, «l'unique objectif des enquêteurs était de le finir le plus vite possible avant la période pré-municipale». Et d'affirmer : «Cela m'a été dit explicitement». L'adjoint cite une dizaine d'erreurs listées par ses équipes, notamment des comparaisons «biaisées» entre Paris et d'autres métropoles ou des montants «faux» concernant les loyers capitalisés.

L'opposition confortée dans ses critiques

Pour l'opposition, au contraire, ce rapport tombe à point nommé. «Nous aurions voulu l'écrire, nous ne l'aurions pas fait différemment», se réjouit David Alphand (LR), du groupe «Changer Paris» mené par Rachida Dati. Dans un communiqué, le groupe de droite évoque même un «tsunami financier» et rappelle : «Depuis des années, nous réclamons un audit des finances de la Ville ainsi qu'un plan pluriannuel d'investissement sur la mandature». Par ailleurs, les élus d'opposition disent «dénoncer le mécanisme des loyers capitalisés qui créent une dette cachée».

Les magistrats, eux, ne nient pas le contexte difficile dans leur rapport, dû notamment à des décisions politiques nationales : «Au cours de la période de contrôle, plusieurs réformes ont affecté le financement des collectivités territoriales» admettent les rapporteurs. La capitale a été touchée par la baisse des droits de mutation immobiliers, avec 580 millions d'euros de recettes perdues en deux ans, et par la suppression progressive de la taxe d'habitation. Mais pour l'opposition, ces éléments ne sauraient masquer une dérive budgétaire profonde, qu'elle promet de mettre au cœur de la campagne.