C’est une intervention qui fait polémique. Invité sur le plateau de la chaîne CNnews vendredi 23 mai, le restaurateur Stéphane Manigold, fondateur du groupe Eclore, qui regroupe plusieurs établissements gastronomiques à Paris, a déclaré que des personnes au chômage «bénéficient de l’argent des Français pour rester à la maison». Le président de la branche restauration de l'UMIH Paris Ile-de-France déplore notamment que «16 000 personnes seraient immédiatement disponibles à Paris» pour travailler comme cuisinier ou serveur alors que le secteur à un besoin de main-d'œuvre qui atteint 22 000 postes. Et encore, selon le restaurateur, «une personne sur deux ne souhaite pas apparaître dans ces chiffres, ce qui ferait augmenter le nombre de personnes disponibles pour travailler dans les restaurants parisiens à 32 000».

Dans ce contexte, Stéphane Manigold, dit ne pas comprendre pourquoi les chômeurs sont autant protégés dans un secteur pourtant considéré sous tension. «Le courage politique c’est pas de ramener de la précarité dans la précarité, a-t-il fustigé. Si nous sommes un secteur sous tension, alors pourquoi continuer de protéger par le chômage ce même secteur en tension par 18 mois de chômage ?» Mais quelle est la réglementation en vigueur sur le sujet ?

Précisons d’abord que les demandeurs d’emploi qui bénéficient des allocations chômage sont contraints d’accepter une offre dite “raisonnable d'emploi", c'est-à-dire correspondant à leurs compétences professionnelles. L’offre raisonnable d’emploi est déterminée par un conseiller à partir de différents critères tels que la formation du demandeur d’emploi, ses qualifications, sa situation géographique ou encore la situation du marché du travail local. S'il refuse à deux reprises une offre d’emploi raisonnable sans motif légitime, le chômeur s’expose à des sanctions qui peuvent aller jusqu’à la radiation de la liste des demandeurs d’emploi ainsi qu’une suppression des allocations.

Le métier de serveur est le plus recherché

En ce qui concerne les chiffres avancés par Stéphane Manigold, il est impossible de confirmer que 16 000 personnes seraient immédiatement disponibles pour travailler à Paris. Il n’existe en effet aucune statistique publique publiée par France Travail concernant le nombre de demandeurs d’emploi par catégorie de métiers. En revanche, France Travail a publié en début d’année son enquête annuelle sur les besoins de main-d'œuvre. Avec 107 810 projets de recrutements à venir en 2025 sur le plan national, le métier de serveur en café restaurant est en effet le plus recherché cette année. De plus, France Travail estime que près de la moitié des restaurateurs (49,6%) rencontrent des difficultés pour recruter du personnel.

Si le besoin de main-d'œuvre dans le secteur de la restauration est indéniable, le chiffre avancé par l'ex-Pôle Emploi est cependant à relativiser. D’abord parce qu’on parle d’intention de recrutement, ce qui englobe les remplacements pour congés de maternité, arrêt maladie ou encore les contrats courts. De plus, la restauration est un secteur où le turnover est important. «Notre métier recrute en permanence, les personnes qui travaillent dans la restauration bougent beaucoup, cela fait mécaniquement augmenter le nombre de recrutements», explique Franck Delvau, président de l’UMIH Ile-de-France.

A noter que si la restauration est bien considérée comme un métier en tension selon France Travail, la situation s’est cependant largement améliorée selon Franck Delvau. «Nous avons beaucoup moins de difficultés pour recruter actuellement qu’à la sortie de la crise Covid, notamment parce que de plus en plus de restaurateurs ferment leur établissement un ou deux jours par semaine pour permettre à leur salariés d’avoir de vrais jours de repos, poursuit le restaurateur. Notre principal problème, ce n’est plus les recrutements mais le nombre de restaurants qui ferment pour faillite avec un contexte économique très difficile.»