
Etoiles en bâtonnets de bois, sapins en feutrine, bonhommes de neige en coton… En cette fin d’année, les activités manuelles se multiplient dans les classes de maternelle. Les enfants s’activent à fabriquer de jolies décorations de Noël. Mais pour pouvoir réaliser ces belles créations, les enseignants doivent souvent mettre la main au portefeuille. Selon une étude publiée en janvier par Tralalere, entreprise spécialisée dans les ressources pédagogiques, 92,2% des enseignants du premier degré (maternelle et élémentaire) achètent du matériel ou des ressources pédagogiques avec leur propre argent.
Individuellement modestes, ces dépenses deviennent rapidement conséquentes : la dépense annuelle moyenne est estimée à 297 euros par enseignant, et peut être encore plus élevée pour certains. «J’ai fait les comptes à la fin de l’année scolaire : j’ai dépensé près de 500 euros entre le matériel créatif, les jeux, les méthodes et les cahiers», raconte Corinne, enseignante de primaire près de Sedan, à 20 Minutes. «Sauf que cet argent, je l’ai mis dans ma classe, pas pour payer mes factures. A un moment, ça coince», déplore-t-elle.
Des dépenses personnelles devenues normales
Les enseignants du secondaire ne sont pas épargnés non plus. Charlotte, professeure de français, théâtre et cinéma dans un lycée à Marseille, confie acheter «des fournitures et de nombreux livres, chers, pour la préparation des cours». «Je fais aussi des photocopies couleur à la maison pour mes élèves, et n’hésite pas à leur donner des crayons et des cahiers. Quand j’ai eu un coup dur financier, en période de forte inflation, cela n’a pas été simple», témoigne-t-elle auprès de nos confrères. Enseignante depuis vingt ans, elle considère que les enseignants «sont assez maltraités par l’institution».
Pour Jean-François Gerrero, professeur des écoles et représentant syndical à l’Unsa Éducation dans la région de Béziers, il est devenu urgent de briser le silence : «Nous avons trop normalisé de dépenser notre argent, il faut en parler, il faut que ça change», estime-t-il. Selon lui, «le jour où plus aucun enseignant ne mettra d’argent [personnel] dedans, ce sera la fin de l’école publique.»



















