Non, l'Etat ne va pas «piquer» l'épargne des Français pour financer des investissements de défense. C'est ce qu'a confirmé Amélie de Montchalin, ministre des Comptes Publics, sur France Inter le 15 mars. «Il n’y a aucun projet de confiscation de l’épargne des Français. Nous n'allons pas exproprier les Français. Nous n'allons pas prendre leur argent et leur dire de force 'que vous le vouliez ou non, vous allez vous retrouver investisseur de telle ou telle entreprise de défense'» », a-t-elle déclaré.

Emmanuel Macron a récemment envisagé le lancement de «produits d'épargne» pour accroître les investissements de défense dans le contexte de guerre en Ukraine. Sur les réseaux sociaux, certains en déduisent que l'Etat va «piquer» les économies des Français. Mais c'est faux : le ministère de l'Economie a assuré à l'AFP qu'il était «hors de question de confisquer l'épargne de qui que ce soit». De telles ponctions, contre l'avis des épargnants, seraient d'ailleurs illégales, expliquent des experts à l'AFP. «Chacun conserve son épargne et reste libre d'en faire ce qu'il veut», a souligné le ministère de l'Economie, contacté par l'AFP le 7 mars.

Des rumeurs persistantes sur les réseaux sociaux

Avec la guerre en Ukraine, des rumeurs de réquisition de l'épargne des Français pour soi-disant financer l'aide envoyée circulent depuis des mois sur les réseaux sociaux. «Épargne saisie en 72 heures» par l'Etat, «500 euros prélevés» sur les comptes d'«un Français sur dix», liberté pour l'Etat de tout «réquisitionner» : l'AFP a démontré dans plusieurs articles de vérification que ces infox étaient infondées.

Mais après de nouvelles déclarations d'Emmanuel Macron fin février 2025, leur circulation s'est de nouveau intensifiée, certains internautes allant jusqu'à appeler les épargnants à retirer immédiatement leurs économies des banques pour les mettre hors de portée de l'Etat. Le 20 février, lors d'un échange sur les réseaux sociaux avec des internautes autour du conflit, le chef de l'Etat a indiqué qu'il «n'excluait pas» de «lancer des produits d'épargne» et de «faire appel à la nation» pour «financer certains programmes» de défense français.

Une mobilisation de l'épargne volontaire

Puis, le 5 mars, au lendemain de l'annonce par les Etats-Unis de la suspension de leur aide à l'Ukraine, et face à «la menace russe», il soulignait dans une allocution télévisée que la France aura en 2030 «doublé le budget de [ses] armées en presque dix ans», mais qu'elle doit réaliser «de nouveaux investissements qui exigent de mobiliser des financements privés mais aussi des financements publics, sans que les impôts ne soient augmentés».

Dans la foulée, une multitude de posts, certains peu partagés et d'autres relayés plusieurs centaines voire milliers de fois, ont inondé les réseaux sociaux. Des appels à «retirer dès maintenant» les fonds de ses comptes épargne circulent aussi sur TikTok via des vidéos partagées pour certaines plusieurs milliers de fois. La rumeur est également propagée sur YouTube, mais aussi par des responsables politiques de la droite souverainiste, qui dénoncent la volonté de l'Etat de «piquer l'épargne des Français».

Le temps de la réflexion

Mais tout cela relève d'une «confusion» et d'un «fantasme» qui permettent d'«entretenir le nombre de clics et de jouer sur les angoisses», a expliqué à l'AFP Philippe Crevel, directeur général du centre de réflexion Le Cercle des épargnants, le 7 mars. Il n'existe en effet actuellement aucun projet de réquisition de l'épargne des Français, seulement des pistes pour mobiliser celle des épargnants qui souhaiteraient participer volontairement au financement des dépenses supplémentaires de défense. Une appropriation de cette épargne par l'Etat serait d'ailleurs illégale, soulignent des experts interrogés par nos confrères. L'hypothèse d'un blocage des économies des Français - et non d'une réquisition - n'est possible qu'en cas d'instabilité financière.

Concrètement, pour l'heure, le gouvernement n'en est qu'au stade de la réflexion. Le 7 mars sur Europe 1, le Premier ministre François Bayrou s'est donné «des semaines, peut-être jusqu'à deux mois», pour décider comment mobiliser des moyens supplémentaires pour accroître les dépenses militaires sans toutefois «laisser de côté» par exemple les dépenses d'éducation.