
Passe d’armes entre deux figures de Bercy. L’un a été ministre de l’Economie, l’autre est actuelle ministre des Comptes publics. Point de départ de ces crispations : une interview accordée dans Libération le 11 janvier dernier où Eric Lombard pointait du doigt une «méthode Lecornu (qui) ne fonctionne pas». Critiquant le budget de la Sécurité sociale où il n’y a «que du sucré et pas de salé», tout en le qualifiant de «pudding à l’arsenic», l’ancien locataire de Bercy s’était surtout fait remarquer en assurant que de nombreux riches échappaient à l’impôt sur le revenu.
Dans Libération, il disait : «La direction générale des finances publiques (DGFiP) avait regardé : parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne paient aucun impôt sur le revenu.» Il ajoutait : «Au lieu de payer des charges sociales sur leur salaire, ils se font rémunérer dans les holdings. Ces mécanismes sont légaux, mais injustes.» Des propos qui ont fait sortir de ses gonds Amélie de Montchalin, souligne BFM.
Eric Lombard persiste et signe
Interrogée sur ce sujet lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale mercredi 14 janvier, la ministre a réfuté en bloc : «Il n'est pas vrai que des dizaines de milliers de Français fortunés ne paieraient aucun impôt sur le revenu. Il n'y a pas de document à Bercy qui le montrerait» a-t-elle lancé, avant d’ajouter : «Et si c'était le cas, cela fait bien longtemps évidemment que cette situation aurait, un, été dénoncée, deux, corrigée.»
Invité de la matinale de LCP, Eric Lombard a de nouveau abordé le sujet et maintenu ses propos : «Nous savons que, pour des personnes qui ont des patrimoines et des revenus importants, se sont développées des techniques légales qui permettent de baisser fortement la base fiscale», détaille-t-il. «Les équipes de Bercy sont tout à fait capables de regarder le patrimoine de nos concitoyens les plus fortunés, ainsi que leurs revenus déclarés. S’il y a un écart trop important, il y a suroptimisation», a-t-il poursuivi.
Un «outil fiscal» voulu par Eric Lombard, mais non retenu
Toutefois, l’administration fiscale ne veut pas dévoiler ces chiffres, car elle invoque le secret fiscal. Selon Eric Lombard, ce secret fiscal concerne les contribuables individuellement, mais pas les statistiques fiscales globales et agrégées qui «peuvent tout à fait être publiques». L’ancien ministre de l’Economie a par ailleurs indiqué qu’il avait travaillé sur un «outil fiscal» en 2025, une taxation différentielle des hauts patrimoines, mais il n’avait pas été retenu par le gouvernement dans les négociations avec le Parti socialiste.
Depuis cette interview, le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Eric Coquerel, a réclamé les fameux documents à Bercy. Si Amélie de Montchalin a confirmé qu’elle lui fournirait lesdits documents, selon elle, «il n’y en a pas ni même de réalité qui amènerait une dizaine de milliers de fortunés Français à ne payer aucun impôt sur le revenu». Elle a défendu aussi son projet de taxe sur les holdings. Selon les informations du Monde, 0,1% des Français aux revenus les plus élevés ont versé à eux seuls environ 14% de l’impôt sur le revenu en 2023.



















