Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, appelle à alléger impôts et des charges pour relancer l’économie française. Dans un long entretien accordé à La Tribune Dimanche, le patron du géant pétrolier rappelle que «la France est un pays où les salaires bruts sont relativement élevés – même s’ils ne le sont jamais assez –, mais où les charges en revanche restent très importantes». Le dirigeant juge que «tout un pan de la population n'a pas profité de la mondialisation, voire pense en être victime».

Pour y remédier, selon lui, il n’y a «qu'une solution : parvenir à baisser les charges pour augmenter le pouvoir d'achat et diminuer les aides en contrepartie», alors qu’aujourd’hui «quand vous augmentez un salarié de 100 euros net, cela coûte 400 euros aux entreprises». Selon Patrick Pouyanné, «redistribuer du pouvoir d’achat qui n’existe pas sans redressement de l’activité n’a aucun sens. Il faut relancer la production pour créer des revenus qu’on redistribuera ensuite. La baisse des charges, c’est plus de pouvoir d’achat, donc de consommation et de création d’emplois, donc plus d’activité».

Un frein à l’investissement

Le patron de TotalEnergies critique également le niveau de la fiscalité en France. «L’énergie reste effectivement moins chère que dans le reste de l’Europe, mais son coût a tendance à remonter, tandis que les impôts augmentent», souligne-t-il. Il rappelle que «la moyenne mondiale d’impôts sur les sociétés se situe à 25%» et que la France l’avait atteinte avant de décider de le porter à 35%. «Pourquoi, dans ces conditions, choisir la France pour investir ?», s’interroge-t-il. «Dans ce domaine, les patrons français protègent bien plus le pays que beaucoup de gens le pensent», poursuit-il.

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Sur le plan géopolitique, le PDG souligne le rôle stratégique des Etats-Unis dans l’énergie. «Le basculement majeur de ces quinze dernières années (…) repose sur la mutation des Etats-Unis» d’un pays importateur de pétrole et de gaz en «gros producteur de pétrole mondial» et «en passe de devenir le plus gros producteur et exportateur de gaz naturel liquéfié», grâce au pétrole et au gaz de schiste. Selon lui, «cette domination énergétique» a bouleversé l’économie et «l'ensemble des dynamiques internationales».

«Pas une Europe de l'industrie»

Patrick Pouyanné souligne aussi les défis européens. «A court terme, c'est de savoir si nous Européens sommes capables de faire face à la Russie dans le conflit ukrainien». Le dirigeant déplore par ailleurs la faiblesse de l’industrie européenne et la complexité des normes : «Le système d'innovation américain semble fonctionner mieux que le système d'innovation européen. L'Union européenne est une Europe de consommateurs, doublée d'une Europe de l'écologie. Pas une Europe de l'industrie», regrette-t-il.

Il qualifie de «décision pragmatique» l’assouplissement de l’interdiction des voitures à moteur thermique en 2035 et juge «une erreur profonde» de vouloir «imposer une technologie par la loi». Enfin, sur la Chine, Patrick Pouyanné juge «impossible» de fermer les frontières au leader des véhicules électriques et préconise «un dialogue plus exigeant» avec Pékin, avec, par exemple, des co-entreprises 50-50 en Europe et la création de véritables usines, pas seulement des sites d’assemblage, pour générer de vrais emplois.