Des champs de céréales à perte de vue, des silos à grains alignés comme à la parade, un réseau d'irrigation anticanicule, des panneaux solaires, des camions, une dizaine de salariés… C’est peu de dire que la cession de la ferme de Bruno Broquerault à Cissé (86), près de Poitiers, en novembre dernier, a été hors normes. Par son gigantisme, tout d’abord, puisque l’exploitation mesure 2.121 hectares, soit environ 3.000 terrains de football. Mais aussi par son montage financier : les 10,3 millions d'euros payés par l’acheteur, la société Agro Team, ne concernent en effet que la holding d’exploitation, qui elle-même coiffe une douzaine de sociétés dédiées à la culture, au stockage des céréales, à la production d'énergie, au transport… Le foncier, lui, demeurera dans le giron de la famille. Un moyen pour Bruno Broquerault, qui a patiemment construit cet ensemble en partant d’une petite ferme, mais dont aucune des cinq filles ne souhaitait reprendre l’exploitation, de percevoir des revenus pour sa retraite.

Comme dans le cas de cette famille, l'image d'Epinal du paysan patriarche, régnant sur ses terres comme sur son clan, a vécu. Les divorces, les choix de vie des enfants, les faillites, sont venus bouleverser le schéma ancestral d’un domaine transmis de père en fils. En 2021, 720.000 hectares ont ainsi changé de mains dans le cadre d'une revente de sociétés (de type SA, SARL…). Pour la plupart, ces parts sociales d'exploitations agricoles tombent dans l’escarcelle d'investisseurs, qui, s’ils ne manient ni binette ni brouette, savent en revanche lire un compte de résultat.

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