Le «contexte international», la «guerre», les «tensions politiques», ainsi que la situation des «migrants» et des «prisonniers» ont été abordés samedi 19 avril lors de l’entretien entre le vice-président américain J.D. Vance, fervent catholique et figure de la branche conservatrice, et le numéro deux du Vatican, quelques heures avant la mort du pape François survenue lundi 21 avril.

Alors que le pape François souhaitait incarner une vision «plutôt» ouverte de la religion, l’Eglise catholique américaine, représentée par Donald Trump et J.D. Vance, défend une orientation «plus» conservatrice. Dans ce contexte, certains s’interrogent sur l’influence que pourrait avoir l’Eglise catholique américaine dans l’élection du futur pape. Blandine Chelini-Pont, professeure d’histoire contemporaine et experte des sciences religieuses, répond à trois questions sur ce sujet.

Capital : Quels sont les cardinaux américains appelés à participer au conclave ?

Blandine Chelini-Pont : On pourrait être tenté d’imaginer qu’il y aura de nombreux cardinaux américains parmi le collège qui compose le conclave. Ce n’est pas vraiment le cas. On compte 16 cardinaux d’Amérique du Nord. Ils sont moins représentés que leur poids démographique, puisqu’il y a près de 20% de catholiques aux Etats-Unis. Cela s’explique notamment par le fait que le pape François a nommé environ 60% des cardinaux qui composent ce conclave pendant son pontificat, soit depuis 2013. Il a tenté de désoccidentaliser le collège des cardinaux. On retrouve désormais davantage de cardinaux africains ou asiatiques, afin de représenter le monde entier. Par ailleurs, ce sont des profils qui correspondent davantage à la vision que le pape François a de la religion catholique. Il a sans doute moins soutenu les candidatures d’évêques ultra-conservateurs ou hostiles à sa manière de gouverner l’Eglise. Parmi les cardinaux américains, il reste tout de même quelques figures qui ont publiquement critiqué le pape François. C’est notamment le cas de Raymond Burke, que l’on peut présenter comme la tête de file des cardinaux les plus conservateurs.

Les conclaves ont été pensés et conçus justement pour échapper à toute influence extérieure.

L’Eglise catholique américaine peut-elle vraiment peser sur l'élection du prochain pape ?

Cela paraît assez peu probable. Les conclaves ont été pensés et conçus justement pour échapper à toute influence extérieure. Cela fonctionne comme dans une Assemblée nationale : il y a les cardinaux progressistes et les plus conservateurs. Environ 22 participants sont papabili, c’est-à-dire qu’ils sont susceptibles d'être élus. Ils n’ont pas à mener de campagne électorale. Chaque votant liste, sur un document qui sera détruit une fois utilisé, les candidats qu’il estime les plus aptes. Tour après tour, les cardinaux cherchent à trouver le papabile qui fait le plus consensus. Lors du dernier conclave, le vote avait duré seulement deux jours, soit huit tours. Puisque le collège des cardinaux est désormais bien plus universel qu’il y a encore une quinzaine d'années et que seuls 16 participants sont nord-américains, le poids de l’Eglise américaine est considérablement réduit.

L’Eglise américaine pèse-t-elle vraiment dans les finances du Vatican ?

L’Eglise américaine finance à grande échelle le Vatican, et ce depuis des dizaines d’années. C’était déjà le cas avant la Seconde Guerre mondiale. Cela s’explique notamment par le fait que les fidèles donnent bien plus aux Etats-Unis qu’en France, par exemple, via les dons de la messe mais aussi par des dons matériels. Grâce à cela, certains diocèses, comme celui de New York, se sont vite enrichis et ont beaucoup donné, non seulement au Vatican mais aussi à l’ensemble du système humanitaire et caritatif de l'Eglise catholique dans le monde. En parallèle, via l’USAID (l’Agence des Etats-Unis pour le développement international, démantelée par Donald Trump, ndlr), financée à hauteur de 60 milliards de dollars par an par le gouvernement américain, des fonds alimentaient de nombreux réseaux humanitaires catholiques comme Caritas. Pour autant, difficile de dire si cette influence financière pourrait jouer un rôle dans l'élection du nouveau pape. D’autant plus qu’en ce qui concerne les relations entre le Vatican et Washington, les deux Etats n’ont jamais été particulièrement proches.

Comment s'organise le conclave ?

Environ 15 à 20 jours après la mort du pape, les cardinaux du monde entier se réunissent pour le conclave, chargé d'élire le nouveau chef de l'Eglise catholique. Cette fois, 252 cardinaux formeront le Collège, mais seuls 137 d’entre eux pourront participer au vote, l'éligibilité étant réservée aux cardinaux âgés de moins de 80 ans à la veille du décès du pape. Les cardinaux électeurs votent jusqu’à quatre fois par jour, jusqu'à atteindre une majorité des deux tiers. Dès qu’un consensus est trouvé, une fumée blanche s'échappe de la cheminée de la chapelle Sixtine au Vatican, annonçant l’élection du nouveau pape.