
Décrit par la presse italienne comme le «mouton noir du conclave», le cardinal Angelo Becciu risque-t-il de compromettre l’élection du nouveau pape ? Condamné pour fraude et détournement de fonds, le prélat revendique son droit de prendre part au conclave chargé de désigner le prochain souverain pontife. Mais au Saint-Siège, cette décision n’est pas du goût de tout le monde et a «déjà commencé à échauder les esprits», constate le quotidien romain Il Fatto Quotidiano, relayé par Courrier international.
En 2019, le prélat sarde a en effet fait l’objet d’une enquête menée par la justice du Saint-Siège au sujet d’un investissement dans un immeuble situé dans un quartier chic de Londres. La transaction avait été réalisée avec des fonds de la secrétairerie d’Etat du Vatican et aurait permis à certains de ses proches de s’enrichir. Après ces révélations, le pape François, à l’origine de sa nomination au cardinalat en 2018, a décidé en septembre 2020 de le démettre de ses fonctions de préfet de la Congrégation pour la Cause des saints, rappellent nos confrères.
Le risque d’«une véritable guerre ouverte»
Le 16 décembre 2023, la sanction du tribunal du Vatican tombe : Angelo Becciu est condamné à cinq ans et demi de prison et à une amende de 8 000 euros pour fraude et détournement de fonds. Il est également interdit à vie d’exercer une fonction publique. Malgré cette condamnation, dont il fait appel, le prélat «est déterminé à clamer à nouveau devant le Collège des cardinaux sa totale innocence, mais surtout son droit d’élire le pape», indique Il Fatto Quotidiano.
Selon nos confrères italiens, «les premières frictions risquent désormais de se transformer en une véritable guerre ouverte». «Elles ont d’ailleurs déjà commencé à échauder les esprits lors de la première congrégation générale du Collège des cardinaux réunie hier matin [le 22 avril] au sein de la nouvelle salle du synode du Vatican», quand Giovanni Angelo Becciu s’est présenté à l’invitation du cardinal Giovanni Battista Re.
Le cardinal Pietro Parolin, pressenti comme un successeur potentiel de François et qui présidera le conclave, voit d’un très mauvais œil l’initiative d'Angelo Becciu. Car au-delà des inimitiés, la participation au conclave du prélat condamné «pourrait compromettre la validité même de l’élection», selon La Repubblica. «Ce n’est qu’une hypothèse, mais la situation anormale du cardinal Angelo Becciu représente une anomalie juridique et une énigme qui n’est pas facile à résoudre», ajoute le journal italien.


















