La pluie ne tombe pas souvent tout au sud de la France, près de Perpignan. Mais cet hiver, un violent orage a laissé des cicatrices béantes dans le vignoble des Aspres, au pied des Pyrénées. Les eaux de pluie, dévalant les parcelles à gros bouillon, ont creusé la terre ocre et menacé les pieds des cépages de syrah, de grenache noir et de carignan, qui font les meilleurs vins de la famille Lafage, à la tête de l’une des plus grosses exploitations alentour, avec 65 salariés. Encore un aléa du changement climatique auquel il va falloir s’adapter. «Nous allons mettre en place un système de drainage, avec des petits cailloux, pour ralentir la course de l’eau et mieux la répartir», détaille Antoine Lespès, chargé de recherche et de développement du domaine.

Et pourtant, les Lafage étaient déjà à la pointe de la lutte contre la sécheresse, qui sévit dramatiquement dans les ­Pyrénées-Orientales. Cette pénurie, conjuguée au soleil rasant des fins de journées d’été, qui brûle les raisins, fait chuter les rendements. Alors, certains jettent l’éponge, préférant empocher une prime d’arrachage. Mais Jean-Marc ­Lafage, appartenant à la septième génération de vignerons, n’est pas de ceux-là. «Ici, dans le Roussillon, nous avons toujours manqué d’eau», ­philosophe-t-il en nous recevant dans son vaste mas catalan. Et quand on lui fait observer que les climatologues prévoient une migration plus au nord de la viticulture dans les décennies qui viennent, il affiche un flegme surprenant : «Maintenir le vin dans la région est possible en 2050, et c’est même souhaitable si l’on ne veut pas qu’elle devienne un désert.»

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