Le conflit au Moyen-Orient, à l'avenir incertain, et ses conséquences sur les prix du pétrole ont largement focalisé l'attention des marchés ces dernières semaines, mais les investisseurs ont également un œil de plus en plus inquiet sur les tensions provenant du secteur du crédit non bancaire. Jeudi 2 avril, le gestionnaire d'actifs Blue Owl a annoncé qu'il limitait les possibilités de retraits de ses investisseurs à 5% après que certains grands comptes, représentants plus de 20% des parties de deux de ses fonds, ont demandé à en sortir.

Et il ne s'agit pas de la première entreprise à être confrontée à ce type de demandes : les géants Apollo Global et Blackstone en ont également reçu au premier trimestre, signe d'une inquiétude croissante de la part des investisseurs vis-à-vis du secteur. Ces dernières années, le financement via le crédit privé - lorsqu'un prêt est accordé par une entité autre qu'une banque - a fortement augmenté, entraînant des interrogations sur les risques associés à un secteur qui est nettement moins régulé que le secteur bancaire traditionnel.

L’IA fragilise certains fonds de crédits privés

Parmi les fonds de crédits privés confrontés à d'importantes demandes de retraits, certains ont financé des entreprises de logiciels, aujourd'hui vus comme particulièrement menacés par les avancées dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA), avec une forte dévalorisation de leurs titres en Bourse ces dernières semaines. Mercredi soir, le département américain du Trésor a annoncé son intention de réunir des régulateurs nationaux et internationaux pour des discussions consacrées aux marchés du crédit privé.

Elles devraient avoir lieu en avril et s'étendre jusqu'à l'été, a précisé le Trésor, avec un premier thème consacré à la régulation des assurances. «La première série de réunions permettra d'examiner les événements récents sur les marchés, les risques émergents et les pratiques de gestion des risques ainsi que les perspectives pour le secteur», a précisé le ministère dans un communiqué. Les inquiétudes concernant ce secteur montent depuis quelques mois, la banqueroute des entreprises First Brands et de Tricolor, en septembre dernier, amenant le patron de JPMorgan Chase, Jamie Dimon à alerter : «Lorsque vous voyez un cafard, c'est qu'il y en a probablement d'autres».

Le président de la Réserve fédérale (Fed) Jerome Powell a de son côté jugé qu'il était nécessaire de garder un œil sur le secteur, sans pour autant se montrer alarmiste. Certes la Fed surveille «de très près» son évolution, mais M. Powell ne voit pas de preuve d'un risque systémique, a-t-il rassuré, considérant que le crédit privé représentait «une part relativement faible» des actifs existants. S'il estime l'opacité du secteur gênante, le chef économiste de FHN Financial, Chris Low, le juge raisonnablement sain : «On voit certes apparaître un problème mais il s'agit principalement de liquidités, ce qui peut nuire un peu à l'activité», a-t-il cependant prévenu.