La vie d'entrepreneur est faite de montagnes russes. Marc Simoncini peut en attester sans doute plus que d'autres, après quarante ans d'activité. Et tout particulièrement ces derniers jours... Vendredi 25 juillet, alors qu'il pensait apposer sa signature en bas d'une feuille pour confirmer le sauvetage des vélos Angell, cette ultime démarche a été freinée dans le dernier virage. «C’est ma pire journée en huit ans», lâchait alors celui qui est également connu comme juré de Qui veut être mon associé ? (QVEMA), l’émission sur M6.

Il aura fallu quelques jours de plus aux avocats pour s’accorder et finaliser la reprise de Zebra, la maison-mère d’Angell, pourtant autorisée par le Tribunal de commerce de Bobigny, depuis le 16 juillet. Cette fois, c’est fait. «On a fini par signer l’accord de reprise: le destin d’Angell est désormais dans les mains de Rebirth», se félicite désormais Marc Simoncini. «C'est confirmé et signé», valide Grégory Trebaol, le président de Rebirth.

L'entrepreneur Marc Simoncini a choisi de sacrifier son investissement dans les vélos Angell pour permettre la reprise de l'entreprise par Rebirth pour un euro symbolique.
L'entrepreneur Marc Simoncini a choisi de sacrifier son investissement dans les vélos Angell pour permettre la reprise de l'entreprise par Rebirth pour un euro symbolique. © Quentin Salinier

Simoncini fait un trait sur son investissement et Rebirth ajoute une 9e marque à son portefeuille

Une opération qui apporte à Rebirth une neuvième marque de cycles, en plus des vélos Gitane, Peugeot, Solex, Matra, Easybike, Lejeune, Coleen et Roold. En quelques années, l'entreprise qui a réalisé près de 92 millions de chiffre d'affaires en 2024 s'est transformée. Avec l'acquisition de Cycleurope en octobre dernier, Rebirth est désormais à la tête de deux usines de production de cycles en France, à Saint-Lô et Romilly-sur-Seine, en plus d’un réseau de 130 magasins Velo&Oxygen et Ovelo.

En vendant ses parts à Rebirth pour un euro symbolique, Marc Simoncini fait un trait sur son investissement de départ de près de 20 millions d’euros. Il choisit les habits de l'ange gardien à ceux de l'ange des ténèbres. Un sacrifice pour la bonne cause, car il permet d’éviter la liquidation de Zebra.

Mon investissement est perdu, mais c’est le prix à payer pour sauver le reste: mon obsession des neuf derniers mois a été de trouver une solution pour les salariés et les clients. Si je suis heureux aujourd’hui, c’est qu’il y avait une fin bien pire que celle-là, confie Marc Simoncini.

Les 19 salariés de Zebra rejoignent donc les équipes Rebirth, tandis que les clients d’Angell, propriétaires d’un des 2800 vélos défectueux, se verront proposer une solution à partir du mois de septembre (réparation, échange, bon d'achat...).

C’est ce problème industriel qui a fait dérailler l’entreprise. Lorsqu’il lance l’aventure Angell en 2017, le fondateur de Meetic voulait concevoir un vélo intelligent qui soit à la fois sûr, impossible à voler et très beau. Cycliste amateur, l’entrepreneur a choisi de s’entourer de spécialistes pour se mettre en selle. Le designer Ora-Ito a signé la silhouette du premier modèle, tandis que le cabinet d’études Kickmaker concevait le produit et que le fabricant de petit-électroménager Seb était chargé de la production, et entrait au passage au capital de Zebra à hauteur de 20%. Démarrée en 2017, l’aventure donne naissance à un premier modèle en 2019. Mais le Covid porte un premier coup au projet, en désorganisant toute la chaîne logistique du secteur, avant qu’une série d’accidents industriels ne mette Angell à plat.

Les partenaires se renvoient la responsabilité, Rebirth cherche un règlement amiable

Le plus grave étant lorsqu'un des vélos s'est rompu, jetant le doute sur la solidité des cadres. Tous les exemplaires précédemment fabriqués et livrés sont alors jugés dangereux et inutilisables. Depuis, les partenaires se renvoient la balle des responsabilités. Qui doit la porter: celui qui a passé commande, celui qui a collé, ou celui qui a rédigé le processus d'assemblage?

Fondateur de Rebirth, Gregory Trebaol pilote neuf marques de vélo et deux sites de production en France, à Romilly-sur-Seine et Saint-Lô.
Fondateur de Rebirth, Gregory Trebaol pilote neuf marques de vélo et deux sites de production en France, à Romilly-sur-Seine et Saint-Lô. © Olivier Frajman/Rebirth

Le contentieux est en cours de procédure au tribunal de Paris. La cession de l’entreprise n’éteint pas ce litige, mais le changement de capitaine peut modifier les équilibres. «J'hérite de cette relation et d'une procédure contentieuse initiée. Nous pouvons trouver un règlement amiable, ou continuer la procédure judiciaire», explique Grégory Trebaol. Le nouvel homme fort du vélo Made in France semble pencher pour un accord à l’amiable. Les semaines qui viennent seront décisives.

Quoi qu’il en soit, Rebirth reprend la marque Angell, son passif (environ 1,7 million de dettes) et les projets qui se trouvaient dans ses cartons. Les nouveaux modèles seront produits à Romilly-sur-Seine. L’entreprise y a déjà acquis une expérience de la production de vélos connectés, car c’est là qu’elle sous-traite la fabrication des cycles de la marque belge Cowboy, depuis quelques mois.

De son côté Marc Simoncini part la tête haute: ses collaborateurs gardent leur job, ses clients auront un vélo opérationnel. Il se murmure qu’il pourrait même en profiter pour prendre (enfin) des vacances, sans aucun mail qui vienne le déranger. Une première depuis quarante ans…