C’est une vente qui a de quoi interpeller dans un contexte de tensions avec les Etats-Unis. Comme l’a appris TF1, l’entreprise corrézienne LMB Aerospace, fleuron français de l'industrie de l'armement, va être cédée à une société américaine. Une décision validée par le gouvernement il y a quelques jours, alors même que la Direction générale de l'Armement (DGA) avait exigé l’implication de Bpifrance dans le dossier. Finalement, selon les informations de La Lettre, le ministère de l’Economie a donné son feu vert malgré l’avis de la DGA.

Pourquoi est-ce un dossier sensible ? Parce que LMB Aerospace est spécialisée dans la fabrication de ventilateurs, destinés à des avions militaires, dont le Rafale, ainsi qu’à des hélicoptères de combat (Tigre d’Airbus), des chars (Leclerc) mais également des sous-marins nucléaires ou le porte-avions Charles-de-Gaulle. Au total 75 personnes travaillent sur ces pièces bien précises. De quoi inquiéter à Malemort-sur-Corrèze. «C’est du matériel militaire. Quand on voit ce qui se passe avec Trump, c’est très important pour notre défense. Il vaut mieux se défendre plutôt que de lui laisser le pouvoir», témoigne un habitant.

L’Etat a un droit de veto

Un autre désabusé estime que ce sont ce genre de pays «qui vont nous passer devant». Si l’entreprise française a été vendue à Loar Group pour près de 400 millions d’euros, des conditions très strictes ont été négociées, indique le ministre de l’Economie auprès de TF1. «Toute décision stratégique pourra être bloquée par l’Etat. Le fait que cette entreprise continue à produire en France, que les contrats stratégiques soient protégés, tout ça est prévu par l’accord», assure Roland Lesucre. Pas de délocalisation, pas de transfert de savoir-faire : la France peut mettre son veto à toute décision qui irait à l’encontre de son intérêt.

Pour une experte en défense interrogée par TF1, c’est le signe d’un «deal stratégique». Toutefois, cette vente ne passe pas dans la classe politique, de la gauche à l’extrême droite. «Alors que le réarmement de la France est une nécessité vitale, alors que le monde qui vient remet en cause toutes nos certitudes, les macronistes approuvent la vente d’un actif stratégique au cœur de l’industrie de défense française, sans aucune contrepartie et malgré les réticences de la direction générale de l’armement», a fustigé Jordan Bardella sur son compte X.

LMB Aerospace avait déjà été rachetée

Du côté de La France insoumise, la députée Aurélie Trouvé a dénoncé un «rachat suicidaire». Bercy a répondu en précisant que l’une des conditions était l’acquisition d’une «action de préférence» via l’Agence des Participations de l’État au sein de LMB, «lui donnant un important pouvoir de contrôle sur les actifs de LMB». Mais c’est bien le timing qui ne passe pas, en pleine période d’enjeux de souveraineté militaire et de réarmement de la France. Dans son histoire, LMB Aerospace était déjà passée sous pavillon américain une fois : c’était au début des années 2000.