Cela fait 20 ans qu’Alain Crevet est à la tête de la maison S.T Dupont, une maison âgée de 150 ans. Une prise de poste qu'il a vécu presque comme une évidence : "Le premier objet de luxe que j'ai reçu est un briquet S.T Dupont de la part de mon père quand j'ai fait mon école de commerce" raconte le dirigeant. Recruté par l’actionnaire hong-kongais de cette illustre maison française, également propriétaire du grand magasin Harvey Nichols, le PDG revient sur son parcours : son départ de LVMH où il pilotait la branche parfums, et son arrivée chez S.T Dupont alors en grande difficulté. La suite n’a rien d’un long fleuve tranquille. En 2008, un incendie ravage une partie importante de la manufacture française. Contre toute-attente, et magré des doutes en interne, Alain Crevet fait un choix fort : reconstruire et maintenir la production à Faverges, berceau historique de la marque. "A la suite de l'incendie, les gens étaient inquiets : un nouveau président, avec un actionnaire hong-kongais, est-ce qu'ils ne vont pas choisir de tout délocaliser ? Je les ai rassuré tout de suite : l'ancrage et l'histoire de Dupont, c'est Faverges et Paris".

Dans le même temps, il tranche dans le vif en arrêtant le prêt-à-porter pour recentrer l’entreprise sur l’activité de briquet et d’accessoires de fumeurs. "L'actionnaire aimait beaucoup la maison anglaise Dunhill, qui fait aussi du prêt-à-porter. Il a essayé de faire de Dupont du Dunhill, ce qui ne fonctionnait pas. En arrivant, j'ai fermé le studio de prêt-à-porter et on a tout re-concentré sur les briquets et les stylos". Un pari payant. Aujourd’hui, ces activités réalisent 60% du chiffre d’affaires, complétées par 20% pour l’écriture, et 20% pour la maroquinerie, pour un total de 65 millions d’euros de chiffre d'affaires. Des résultats dont le dirigeant se félicite, tout en se rappelant qu’ils sont le fruit de décisions parfois difficiles. Pendant la crise du Covid, il impose ainsi une baisse de salaires de 30% à tout le monde – lui y compris – afin d’éviter tout licenciement. "On a décidé collectivement de faire des efforts pour passer le cap et rebondir plus rapidement après le Covid" explique le dirigeant. Rockeur à ses heures perdues dans un groupe amateur, Alain Crevet cultive aussi le goût du décalage en affaires. Il lance notamment des produits d’entrée de gamme - colliers briquets ou stylo – plus accessibles car assemblés en Chine. "On s'est dit que ce serait bien d'avoir des produits plus abordables. On a créé un collier briquet et stylo. C'est un objet amusant à porter". Verdict : ils se vendent comme des petits pains. A la tête de S.T Dupont, Alain Crevet n’a jamais cessé de jouer une partition à contre-temps, et visiblement ça fonctionne.