C’est une adresse discrète, sur une grande artère de Boulogne-Billancourt en région parisienne. Devant la porte cochère, une grappe de livreurs en scooters stationne patiemment, les yeux rivés sur leur téléphone portable. Avant de pénétrer l’un après l’autre dans l’immeuble, pour descendre jusqu’à un comptoir en sous-sol et récupérer leur commande, préparée par cette dark kitchen, un de ces restaurants «fantômes» n’accueillant aucun client assis, et dont les plats ne sont destinés qu’à la consommation à domicile.

Plusieurs laboratoires de préparation se côtoient d’ailleurs à cette adresse, d’où sortent aussi bien des crêpes et des gaufres que des beignets asiatiques, des hamburgers ou des plats façon bistrot à la française. Et il y a de fortes chances que ces livreurs, qui s’empressent de glisser leur paquet dans un sac isotherme, aillent ensuite servir un client passé par l’application Uber Eats pour sa commande.

Plus de 20 000 restaurants ont rejoint la plateforme entre 2020 et 2022

La filiale du géant américain du transport à la demande (VTC) n’en finit en effet plus de grossir en France, au point d’accaparer, selon le cabinet Food Service Vision, la moitié de ce marché en pleine expansion de la livraison en moins de trente minutes, loin devant le numéro 2, le britannique Deliveroo (24%), et le danois Just Eat (10%). Même boulimie au niveau mondial: selon le dernier rapport annuel du géant américain, le chiffre d’Uber Eats a explosé de 1,4 à 11 milliards de dollars, rien qu’entre 2019 et 2022. Pour la première fois depuis son lancement en Californie en 2014, cette filiale a même dégagé des bénéfices l’an passé, à hauteur de 551 millions de dollars.

Et ce n’est sans doute pas fini, le marché français de la livraison à domicile devant passer de 7 à 9,2 milliards de dollars d’ici 2026. «Dans le pays, plus de 20 000 nouveaux restaurants ont rejoint Uber entre 2020 et 2022. Le Covid a eu un effet d’accélérateur et de généralisation», explique Bastien Pahus, le manager général de la filiale française. Selon un spécialiste du secteur, la pandémie aurait de la sorte fait gagner sept années de croissance organique à ces plateformes.

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