
Créer, reprendre, s’associer : chez Delphine Picault, chaque étape raconte une évolution dictée par le terrain et les rencontres plutôt que par une stratégie figée. Son histoire reflète une vision pragmatique et engagée de l’ingénierie du sous-sol. Dans cet entretien, elle revient sur les étapes clés de cette évolution et sur ce qui nourrit, au quotidien, son envie d’entreprendre.
Vous avez créé DP GEO, racheté Solum Hydrogéologie, et vous vous associez désormais à MDB Engineering. D'où vient cette énergie entrepreneuriale ?
Delphine Picault : Honnêtement, je ne me suis jamais dit « je vais créer des entreprises », mais des opportunités se présentent, des rencontres se font au bon moment, et il faut savoir les saisir. En 2017, les circonstances m'ont menée à créer DP GEO. Puis est venue une collaboration pour lancer Foralab, afin d'accéder au marché de la VRD, voirie et réseaux divers. Puis le rachat de Solum en 2023 pour développer le sondage environnemental. Et aujourd'hui, je m'associe à MDB Engineering pour travailler sur les énergies renouvelables, dont l'éolien et le solaire. Chaque étape a été une réponse à une réalité du terrain, jamais une ambition préméditée.
Vous parliez de volcanologie au départ…
D. P. : Oui, c'était ma passion d'enfance. Puis j’ai décidé de bifurquer vers la géotechnique pendant mes études, c'est-à-dire l'étude des sols pour les fondations, les bâtiments, les ouvrages d'art. Et finalement, il y a quelque chose de commun entre les deux : on cherche à comprendre ce qui se passe sous la surface. C'est toujours de la géologie, mais appliquée, utile, immédiatement concrète. Cette curiosité pour les profondeurs ne m'a jamais quittée.
Votre premier poste, c'était dans les fondations profondes, un monde très masculin à l'époque…
D. P. : Très masculin, oui. J'ai intégré ce monde en 2004, juste après mes études. J'ai dû apprendre vite : les pieux, la géologie, la géotechnique, et même la vente. Quatre ans sur des chantiers en région parisienne, dans un environnement où les femmes étaient peu présentes. Mais cela ne m'a jamais freinée. La compétence n'a pas de genre, et la passion non plus. C'est d'ailleurs une conviction que je porte encore aujourd'hui : le déficit d'ingénieures géotechniciennes est réel, mais les mentalités évoluent. Les jeunes femmes qui s'orientent vers ces métiers sont de plus en plus nombreuses, et c'est une très bonne nouvelle pour la profession.

Comment s'est construite la suite de votre parcours ?
D. P. : Après Franky Fondation, j'ai voulu revenir à l'étude des sols pure, à l'ingénierie. J'ai changé de structure, j'ai continué à me former, et en 2011, je suis partie dans la région de Reims où j'ai pris des responsabilités importantes et ouvert une agence. C'est là que j'ai vraiment appris à piloter, à décider, à porter une vision. Paris n'avait jamais été mon objectif, j'avais besoin de terrain, d'espace, de projets à taille humaine. Reims m'a donné tout ça.
Quelle est la particularité de Solum Hydrogéologie par rapport à DP GEO ?
D. P. : Ce sont deux métiers complémentaires mais bien distincts. Solum, c'est une douzaine de personnes spécialisées dans le forage et le prélèvement d'échantillons. On ne fait pas d'ingénierie chez Solum, on fore, on prélève, on observe. La valeur repose sur les hommes, les femmes et les machines, sur leur savoir-faire technique et leur rigueur sur le terrain. Les chantiers sont souvent complexes : accéder à certains sites en ville, acheminer de l'eau en pleine nature, rien n'est jamais simple. DP GEO, en revanche, produit les rapports d'ingénierie, les prescriptions techniques, les analyses qui permettent de construire en connaissance de cause. C'est là que l'on traduit ce que le sol nous dit en recommandations concrètes pour construire durablement.

Quel est le principal défi de votre métier ?
D. P. : Rendre visible l'invisible. Notre travail se passe sous terre, avant même que le premier coup de pioche soit donné. Quand tout se passe bien, personne ne pense à l'étude de sol. Mais quand un bâtiment se fissure ou qu'une fondation pose problème, on comprend soudain à quel point cette étape était cruciale. Toute la construction repose sur la qualité de cette étude initiale, c'est littéralement le fondement de tout. Justifier le coût de ce travail préalable, expliquer les enjeux à un maître d'ouvrage qui veut avancer vite et maîtriser son budget, c'est un combat quotidien. Mais c'est aussi ce qui rend le métier passionnant : convaincre, faire comprendre, être pédagogue.
Votre philosophie, en une phrase ?
D. P. : Le pragmatisme et l'exigence. Trouver la solution juste, dans les limites des risques acceptables, sans exploser le budget. Mon rôle n'est pas de vendre du rêve, c'est de donner le meilleur conseil possible, ancré dans la réalité du terrain. Le sol ne ment jamais, c'est à nous de bien l'écouter.
Infos :
435, allée de Chagneau, 33460 ARSAC
Tél. : 05-57-71-89-05
4, rue de la Miette, 02190 VILLENEUVE-SUR-AISNE
Tél. : 03-79-45-02-03
Article sponsorisé par Solum Hydrogéologie. La rédaction n'a pas participé à la réalisation de cet article.


















