La guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’Europe secoue déjà l’agroalimentaire et l’automobile. Se pourrait-il qu’un nouveau front soit ouvert sur les médicaments ? Le scénario paraissait impensable : depuis 1994, un accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) protège les produits pharmaceutiques des droits de douane. Un tabou que Donald Trump se dit prêt à briser. En effet, l’imprévisible président américain envisage d’imposer des taxes de 25% sur cette catégorie de produits, en se donnant jusqu’au 2 avril pour mettre ou non ces menaces à exécution.

Il y a de quoi donner le vertige aux laboratoires et aux patients. Car les produits pharmaceutiques font partie des marchandises les plus échangées entre les deux continents. En 2023, la France importait des Etats-Unis pour 4,8 milliards d’euros de produits pharmaceutiques. Et nous en avons envoyé pour 4,1 milliards d’euros, ce qui en fait notre plus gros moteur d’exportations derrière l’aéronautique. Une guerre commerciale sur les médicaments mènerait donc probablement à un jeu perdant-perdant.

>> Notre service - Faites des économies en testant notre comparateur d’Assurances Santé

Les laboratoires américains, spécialistes des biotechnologies

L’impact d’une guerre commerciale sur les médicaments est difficile à prévoir, tant le secteur pharmaceutique est éclaté à travers le monde. «La production d’un médicament peut nécessiter entre 3 et 8 étapes de production. Et celles-ci se déroulent dans beaucoup de pays différents», signale Thomas Croisier, associé au cabinet Kearney et expert du secteur pharmaceutique. Les principes actifs, ces ingrédients qui donnent aux médicaments leurs vertus thérapeutiques, viennent ainsi très majoritairement de la Chine et de l’Inde. Cela dit, il ne fait aucun doute que la France importe beaucoup de traitements fabriqués aux Etats-Unis. «Notamment les biotechnologies», signale l’expert. Cela intègre les traitements contre le diabète, les cancers, les maladies rares, les maladies auto-immunes…

«Pour le consommateur final, l’impact le plus direct pourrait être des augmentations de prix. Si on met des contraintes tarifaires, quelqu’un va bien devoir payer à un moment donné. Généralement, cette hausse de coût arrive jusqu’au consommateur final», développe Thomas Croisier. Cela dit, cette inflation pourrait davantage peser sur la Sécurité Sociale et les mutuelles car «le consommateur final n’est pas nécessairement le payeur». Tant que Donald Trump ne met pas ses menaces à exécution, il faut relativiser ces risques de guerre commerciale sur les médicaments : d’ailleurs, les produits pharmaceutiques ne font pas partie de la liste des produits américains taxés par l’Union européenne, en riposte aux mesures de l’administration Trump.

Le plus gros risque d’une guerre commerciale pèse sur les médicaments futurs

«Le plus gros risque n’est peut-être pas sur les produits actuels mais sur les produits futurs», signale Thomas Croisier. «Nos systèmes de santé ont déjà du mal à financer l’innovation. Si en plus les laboratoires doivent absorber des taxes supplémentaires, c’est autant d’argent qu’on n’aura pas pour financer l’innovation», met en avant l’expert. Autre élément inquiétant : qu’ils soient américains ou non, les laboratoires comme dépendent fortement du marché américain. «Quand un nouveau médicament de spécialité est lancé, 50% à 80% des revenus estimés se trouvent aux Etats-Unis», chiffre Thomas Croisier.

Ces craintes pour l’industrie pharmaceutique émergent alors que le secteur commémore le cinquième anniversaire de la pandémie de Covid-19. Le premier vaccin homologué en France ? Il était signé par un partenariat entre l’américain Pfizer et l’allemand BioNTech… «Nous avons trouvé un vaccin en seulement un an et nous l’avons produit extrêmement rapidement. Nous avons réussi cela parce que nous l'avons fait de manière mondiale. Si on s’amuse à déglobaliser notre secteur, dans quelle mesure on serait capable de gérer une pandémie aussi bien ?», s’interroge Thomas Croisier.

Retrouvez toutes les annonces de Donald Trump sur les droits de douane.