
Un peu plus de deux ans et demi seulement à la tête d’EDF, et Luc Rémont quitte déjà le navire. Plus précisément, le haut fonctionnaire a été remercié vendredi 21 mars par le ministre de l’Economie Eric Lombard, avait appris Capital, sans même terminer son mandat. Critiqué depuis des mois par les industriels, à l’image du patron de Saint-Gobain quelques heures plus tôt, Luc Rémont a fait également les frais de l’agacement de l’Elysée et de Bercy. Mais deux jours après son éviction, Luc Rémont prend la parole.
Dans une interview accordée au Figaro et relayée par Les Echos, il a tenu à répondre aux critiques qui ont suivi sa mise à l’écart. Il répond notamment aux grands industriels qu’EDF est bien «le premier investisseur industriel en France». Cependant, «une entreprise publique n'est pas là pour faire des subventions à un petit club privé», poursuit-il, en réponse aux propos du PDG de Saint-Gobain, Benoît Bazin, qui déplorait les tarifs de l’énergéticien et «un bras d'honneur à l'industrie française».
Luc Rémont n’a «pas de leçon de patriotisme à recevoir»
Benoît Bazin, qui lui reprochait également de mettre aux enchères des quotas d’électricité, en prend aussi pour son grade : «EDF n'a pas de leçon de patriotisme industriel à recevoir, en particulier de la part d'une entreprise qui vit depuis des décennies de politiques publiques à la rénovation et à l'efficacité énergétiques.» Luc Rémont ajoute qu’EDF avait mis en place des offres spéciales dans le cadre du système de contrats de moyen et long termes, mais certaines entreprises ne les ont pas choisis.
«Je refuse qu'EDF soit l'otage de quelques-uns, bien installés, qui ont déjà, par le passé, par leur lobbying, mis l'ensemble du système électrique français en risque», tance le haut fonctionnaire. Luc Rémont défend la politique tarifaire qu’il a menée en faisant progresser la production d’électricité de 30% : «Nous nous sommes engagés à proposer des contrats de long terme, au prix le plus bas possible, dans un environnement concurrentiel. Cela ne veut pas dire à n'importe quel prix», résume-t-il.
Un engagement «pas suffisant» de l’Etat
L’ancien patron d’EDF évoque un dernier point dans cet entretien en prenant ses distances avec l’Etat : la construction de l'EPR 2. Selon lui, l’Etat est en partie responsable. En cause, le prêt non bonifié, la mise en place d'un «pacte de confiance» sur les prélèvements de l’État sur EDF et une compensation en cas d’impact important de mesures sur EDF qu’il avait demandés. «Je n’ai pas été entendu», regrette-t-il, pointant du doigt un engagement «pas suffisant». Il reproche enfin à l’Etat «une dégradation» dans la capacité à «concevoir le changement (...) à prendre des décisions et à tenir sa parole». Mais il l’assure, c’était pour lui «la mission d’une vie» !



















