
Netflix a renoncé le 26 février 2026 à racheter Warner Bros Discovery après que Paramount Skydance a relevé son offre à 31 dollars par action, valorisant l'ensemble à près de 110 milliards de dollars. Les actions Netflix ont bondi de 13,8% en une seule séance de Bourse, clôturant à 96,24 dollars. «JPMorgan a immédiatement lancé sa couverture avec un objectif de 120 dollars, et les actions Netflix ont progressé de plus de 15% sur l'ensemble du mois de février», observe Pascal Malotti, Directeur Stratégie chez Valtech, interrogé par Capital.
La discipline financière de Netflix a été saluée par le marché actions. Mais derrière ce rally de soulagement, «la question de fond demeure : Netflix a-t-elle fait le bon choix, ou a-t-elle renoncé à la seule stratégie capable de justifier une réévaluation durable ?», s’interroge l’expert. Commençons par ce que le marché salue. L'abandon de la surenchère sur Warner Bros supprime selon Pascal Malotti trois risques qui pesaient sur les actions Netflix depuis le 5 décembre 2025, date de l'annonce initiale de l'offre de rachat à 83 milliards de dollars. Tour d’horizon.
L'abandon du projet de rachat de Warner Bros Discovery par Netflix supprime 3 risques
D'abord, le risque d'endettement massif : l'acquisition de Warner Bros Discovery aurait propulsé le ratio dette nette/EBITDA de Netflix de 0,2 à environ 5, un levier intenable pour un modèle dont la valeur repose sur la génération de cash-flow libre. Ensuite, le risque d'intégration : Netflix n'a quasiment aucun historique d'acquisitions majeures – sa plus grosse opération à ce jour était le rachat de la Roald Dahl Story Company pour environ 700 millions de dollars, fait valoir l’expert.
Enfin, la complexité médiatique : hériter d'un catalogue comprenant la distribution théâtrale Warner, les franchises DC Universe et la gestion de HBO Max dans un contexte réglementaire hostile (le DOJ était déjà en phase d'examen approfondi) posait un défi d'exécution sans précédent pour une entreprise bâtie sur la simplicité de son modèle, selon lui. Cerise sur le gâteau : Netflix encaisse une indemnité de rupture de 2,8 milliards de dollars, soit 0,66 dollars par action, qui vient directement alimenter sa capacité de rachat d'actions et son budget de contenus prévu à 20 milliards de dollars en 2026.
Première tension : le vide stratégique de Netflix post-Warner
La question que Wall Street évite soigneusement : pourquoi Netflix a-t-elle tenté cette acquisition ? Ce n'était pas un caprice, selon Pascal Malotti. Netflix fait face à une réalité structurelle : avec 325 millions d'abonnés dans le monde, le plafond de croissance organique des abonnements se rapproche. Les ajouts nets ont chuté de 41 millions en 2024 à environ 23 millions en 2025. Warner Bros offrait un accès immédiat à des franchises générationnelles – Harry Potter, Batman, Game of Thrones, Le Seigneur des anneaux – et à HBO, la marque premium la plus respectée du secteur.
Sans cet actif, Netflix reste dépendante de sa capacité à produire des hits originaux dans un contexte d'inflation des coûts de production, souligne l’expert. L'acquisition d'InterPositive, la start-up d'IA de Ben Affleck, pour un montant pouvant atteindre 600 millions de dollars, est révélatrice : Netflix investit désormais dans l'optimisation de la post-production plutôt que dans l'acquisition de propriété intellectuelle. C'est une stratégie d'efficience, pas une stratégie de domination, fait valoir Pascal Malotti.
Deuxième tension : la décélération de la croissance de Netflix est déjà visible
Les résultats du quatrième trimestre 2025 de Netflix étaient excellents : chiffre d'affaires de 12,05 milliards de dollars (+18 % sur un an), bénéfice net de 2,41 milliards (+29,4 %), BPA de 0,56 $ post-split (vs. consensus à 0,55 $). «La marge opérationnelle a atteint 29,5% sur l'année, en progression de 3 points. Mais la guidance 2026 raconte une autre histoire. Le management prévoit un chiffre d'affaires de 50,7 à 51,7 milliards de dollars, soit une croissance de 12 à 14 % - un ralentissement net par rapport aux 16 % délivrés en 2025», souligne l’expert.
Plus révélateur encore, selon lui : la guidance du premier trimestre 2026 pointe vers 12,16 milliards de chiffre d'affaires, soit +15,3% - une décélération séquentielle immédiate. Cette trajectoire «correspond à une entreprise qui a épuisé les leviers exceptionnels de 2023-2025 (répression du partage de mots de passe, hausses de prix successives, premiers effets de la publicité) et qui entre dans une phase de croissance plus normalisée», note Pascal Malotti.
Troisième tension : la publicité, catalyseur réel ou mirage de valorisation pour Netflix ?
C'est le narratif préféré des analystes haussiers sur les actions Netflix. «Le revenu publicitaire de Netflix a été multiplié par 2,5 en 2025 pour dépasser 1,5 milliard de dollars, et le management vise un quasi-doublement à environ 3 milliards en 2026. La plateforme revendique 190 millions de «viewers actifs mensuels» sur son palier avec publicité, et plus de la moitié des nouveaux abonnés choisissent désormais cette formule. Netflix déploie sa propre pile adtech (Netflix Ads Suite), lançant des formats interactifs et des pauses publicitaires innovantes», indique l’expert.
Certains analystes prédisent que la publicité pourrait à terme dépasser les abonnements comme première source de revenus. Pourtant, la réalité commande la prudence, juge Pascal Malotti. 1,5 milliard de dollars représente à peine 3,3% du chiffre d'affaires 2025. Selon certaines estimations, «le taux de remplissage (fill rate) ne dépasserait pas 45% – ce qui est à la fois un problème (sous-monétisation actuelle) et une opportunité. Plus fondamentalement, les abonnés du palier publicitaire génèrent un revenu par membre inférieur à celui des abonnés standard, créant un effet de dilution de l'ARPU moyen. Netflix doit prouver que la croissance publicitaire compense ce différentiel et ne se contente pas de le masquer», avertit Pascal Malotti.
Quatrième tension : le paysage concurrentiel se restructure autour de Netflix
L'ironie de la bataille Warner Bros est qu'elle reconfigure l'industrie au détriment potentiel de Netflix, souligne l’expert. Si Paramount Skydance finalise l'acquisition de l'intégralité de WBD – un vote des actionnaires est prévu le 20 mars 2026 –, il en résultera un conglomérat médiatique massif réunissant Paramount+, HBO Max, CNN, Discovery et les studios Warner sous un même toit, adossé à la puissance financière de Larry Ellison, fait-il valoir.
Disney continue d'investir massivement, avec un partenariat commercial avec OpenAI pour l'IA. Amazon intègre le streaming dans son écosystème e-commerce avec Prime Video. Apple TV s’est imposé comme une plateforme premium à part entière, adossée à l’écosystème le plus captif du marché. En d'autres termes, «la concurrence ne reste pas immobile : elle s'aguerrit, se structure et renforce ses positions par tous les moyens – consolidation, partenariats technologiques, intégration verticale. Netflix, elle, reste sur sa ligne. La discipline financière est une qualité ; mais dans une industrie en pleine recomposition, le statu quo stratégique peut devenir un risque», met en garde Pascal Malotti.
Cinquième tension : la valorisation en Bourse des actions Netflix intègre-t-elle déjà le scénario idéal ?
Au cours de clôture du 13 mars 2026, Netflix cote autour de 95 dollars (post-split 10 pour 1 de novembre 2025), soit un PER trailing de 30 fois environ et un PER forward d'environ 32 fois (Netflix se paie en Bourse 32 fois les profits espérés pour les 12 mois à venir). Ce multiple de valorisation se situe légèrement en dessous de sa moyenne historique de 34 fois, ce qui pourrait suggérer un point d'entrée, mais cette comparaison est trompeuse : le Netflix de 2025-2026 croît à 12-14 %, pas à 25-30 % comme lors de ses années d'hyper-croissance, souligne Pascal Malotti.
Morningstar estime la juste valeur à 63 dollars par action et considère le titre comme survalorisé de 75%. En DCF (méthode de valorisation des flux de revenus futurs actualisés), des estimations indépendantes situent la juste valeur des actions Netflix autour de 80 dollars. À l'inverse, le consensus des 75 analystes place l'objectif médian à 129 dollars, avec une fourchette de 77 à 152 dollars. JPMorgan vise 120 dollars, misant sur un free cash-flow (flux de trésorerie opérationnel après investissements) de 11 milliards en 2026 et la poursuite de l'expansion des marges vers 31,5%.
Les actions Netflix évoluent dans un range (un intervalle de fluctuation des cours) à 52 semaines de 75 à 134 dollars. Le pic à 134 dollars (juin 2025) correspond à la phase d'euphorie pré-acquisition. Le creux à 75 dollars (février 2026) reflète le maximum d'incertitude sur la surenchère Warner. Au cours actuel d'environ 95 dollars (les données de marché pour la présente analyse sont arrêtées au 13 mars 2026), le titre se situe à mi-chemin – ni survente de capitulation, ni réévaluation complète du scénario pur player, selon Pascal Malotti.
Où se situent ces tensions ? «Non dans l'exécution opérationnelle – qui reste remarquable – mais dans la trajectoire stratégique. Netflix a délivré 45,2 milliards de chiffre d'affaires en 2025 avec un free cash-flow de 9,5 milliards (+37 %), un taux de rétention de 98% et 9% du temps télévisuel américain. Les fondamentaux sont solides. Mais le titre est valorisé pour une machine de croissance alors que le modèle entre dans une phase de maturation. La publicité offre un relais réel mais encore embryonnaire», note l’expert.
L'avantage concurrentiel (le moat) repose désormais davantage sur l'échelle et les effets de réseau que sur l'innovation de rupture, selon lui. Et l'absence de propriété intellectuelle de franchise – contrairement à Disney (Marvel, Star Wars), à Paramount-Warner (DC, Harry Potter, HBO) ou à Amazon (MGM, Lord of the Rings) – «reste une vulnérabilité structurelle dans un marché où les catalogues historiques deviennent des actifs stratégiques», souligne-t-il.
Pour l'investisseur en Bourse, le positionnement logique est de conserver les actions Netflix, avec fenêtre d'achat sur repli
Aux cours actuels, il faut simplement conserver ses actions Netflix, selon Pascal Malotti. Pas un sell (vendre) – la qualité d'exécution, la génération de cash et la position dominante dans le streaming justifient la détention d’actions Netflix. «Mais pas un buy (achat d’actions) au cours actuel de 95 dollars pour un investisseur soucieux de sa marge de sécurité. Le titre intègre déjà le scénario de croissance publicitaire, d'expansion des marges et de rachats d'actions accélérés. Un retour vers la zone 80-85 dollars, c'est-à-dire un PER forward d'environ 27-28 fois (Netflix se paierait alors en Bourse seulement 27 à 28 fois ses profits espérés sur 12 mois), offrirait un point d'entrée nettement plus favorable, avec un potentiel de revalorisation vers l'objectif de 115-120 dollars du consensus des analystes financiers», fait valoir l’expert.
Les catalyseurs à surveiller pour Netflix, selon lui : la publication du premier trimestre le 16 avril 2026 (premiers effets post-Warner sur le sentiment), la trajectoire de monétisation publicitaire au premier semestre, l'issue du vote des actionnaires WBD le 20 mars (qui confirmera ou non la recomposition Paramount-Warner) et l'évolution du ratio BPA/free cash-flow (bénéfice par action Netflix rapporté au flux de trésorerie opérationnel après investissements) dans un contexte de rachats d'actions alimentés par l'indemnité de rupture.
Netflix affiche une discipline financière «remarquable et un modèle opérationnel sans équivalent dans le streaming. Mais la discipline ne remplace pas la vision. En renonçant à Warner Bros, Netflix a évité un risque financier considérable. Elle a aussi renoncé au seul actif susceptible de transformer structurellement sa position dans la chaîne de valeur du divertissement. Le marché actions applaudit le court terme. L'investisseur en Bourse averti doit évaluer le coût d'opportunité du long terme», souligne Pascal Malotti.
Momentum, la lettre d’investissement de Capital, avait identifié une opportunité d’achat en Bourse juste avant l’envol des actions Netflix
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