
Leader des liaisons ferroviaires entre Paris et Londres, Eurostar domine largement le marché avec 80% de parts et près de 20 millions de passagers transportés l’an dernier. Mais cette position privilégiée pourrait bientôt être remise en question avec l’arrivée annoncée de nouveaux concurrents dans le tunnel sous la Manche. D’ici quelques années, les compagnies Trenitalia et Virgin Trains ambitionnent de lancer leurs propres trains à grande vitesse entre le Royaume-Uni et le continent. Une perspective qui ne semble toutefois pas inquiéter l’entreprise franco-britannique Eurostar.
«Ce n'est pas encore pour tout de suite, on parle au minimum de 2029-2030 dans le meilleur des cas car Trenitalia et Virgin devront homologuer leurs trains et c'est très long étant donné que ces trains traversent plusieurs pays en plus du tunnel. On les considère de manière sereine», indique le porte-parole d'Eurostar à BFM Business. «Mais en attendant, on investit avec la commande de 50 nouveaux trains qui circuleront en mai 2031», précise-t-il.
Plus de places à bord
Pour préparer l’avenir, Eurostar mise sur l’investissement. La compagnie a commandé 50 nouvelles rames Alstom à deux niveaux, capables d’accueillir davantage de passagers. Leur capacité pourrait augmenter de 20 à 30% selon les lignes, avec jusqu’à 540 places par train, voire plus de 1 000 en les couplant. «C'est le plus important investissement de la compagnie, deux milliards d'euros en tout, afin d'atteindre notre objectif de 30 millions de passagers par an», affirme le responsable.
Et en face, les futurs concurrents ne manquent pas d’ambition. Virgin Trains veut notamment bouleverser le marché. «Nous allons bousculer le modèle transmanche et donner aux consommateurs le choix qu'ils méritent», déclarait récemment Richard Branson, le patron de Virgin. La compagnie britannique a d’ailleurs obtenu l’accès à un site stratégique de maintenance à Londres, Temple Mills, jusqu’ici réservé à Eurostar. De son côté, Trenitalia prépare aussi son arrivée en investissant dans un centre de maintenance près de Paris et en commandant de nouveaux trains capables de circuler dans plusieurs pays européens.
Un marché aux coûts très élevés
Malgré ces ambitions, le marché du tunnel sous la Manche reste difficile d’accès, soulignent nos confrères. Les coûts sont très élevés, notamment pour les trains, la maintenance et les péages ferroviaires. Selon une étude récente du cabinet Kern Consulting, une rame adaptée à ces liaisons coûte environ 40 millions d’euros, bien plus que pour un TGV classique (30 millions). A cela s’ajoutent des frais importants pour circuler sur les différentes infrastructures, en particulier dans le tunnel.
Avec l’arrivée de concurrents britannique et italien, Eurostar ne compte pas se laisser distancer. La compagnie prévoit déjà l’ouverture de nouvelles liaisons dans les années 2030, avec notamment Londres-Francfort ou Londres-Genève. «Le métro européen, c'est nous !», assure le porte-parole, rappelant l’ampleur de son réseau actuel.



















