
Hériter d’un bien immobilier en France peut vite se transformer en cauchemar financier. Sébastien, auditeur d'Estelle Midi sur RMC et conseiller en gestion de patrimoine, en a fait l’amère expérience. Il en a témoigné à l'antenne le 8 mai dernier. Après le décès de sa mère, il s'est retrouvé avec sa sœur à devoir régler quelque 300 000 euros de droits de succession pour un héritage estimé à deux millions d’euros. «C'est de l'argent qui a été fiscalisé pendant toute sa vie. L'immobilier est devenu un poison successoral, il est soumis à la fiscalité la plus forte en France», déplore-t-il.
Le cas de Sébastien n’est pas isolé, mais reste minoritaire. En effet, il fait partie des 13% soumis à l'impôt sur l'héritage. En France, 87 % des successions sont en effet inférieures à 100 000 euros, seuil qui exonère les héritiers de cet impôt. Près de la moitié des Français ne touche d’ailleurs jamais d’héritage, et 80 % ne bénéficient d’aucune donation de leur vivant. Mais pour les autres, la note peut être salée. Jusqu’à 45 % en ligne directe pour les transmissions les plus élevées, expose Jean-Philippe Delsol, président de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF).
83% des Français sont hostiles à cet impôt
«Pourquoi ne pourrait-on pas transmettre librement le fruit d’une vie de travail à ses enfants, alors qu’on peut en faire don à une association en profitant d’une déduction ? Qu'est-ce qui légitime le fait que, parce qu'on meurt, il faut payer ?», s’élève Jean-Philippe Delsol, qui appelle à «trouver un bon équilibre et faire évoluer les choses.» Faut-il pour autant alourdir encore la fiscalité sur l’héritage ? L’ONG Oxfam proposait en 2024 de relever cette imposition pour les grandes fortunes, estimant à 160 milliards d’euros les recettes possibles sur 30 ans, rien qu’en taxant les héritages anticipés des milliardaires français.
Chroniqueur régulier de l'émission, l'enseignant Benjamin Amar commente pour sa part : «83% des Français sont hostiles à cet impôt parce qu'ils croient être concernés, alors que l'impôt sur les successions, ça ne concerne que des gens extrêmement aisés». Selon lui, à l'heure où le gouvernement, en pleine élaboration du budget 2026, «demande à tout le monde de participer», cet impôt est «légitime» : «On va chercher l'argent chez des retraités qui gagnent 1600 euros, fulmine-t-il, alors que là, il y a du capital». RMC rappelle par ailleurs que de 35 % au début des années 1970, la part du patrimoine des Français provenant d’un héritage est montée à 60 %, selon un rapport publié en 2021 par le Conseil d’analyse économique (CAE).


















