
Notre pays semble s’enfoncer dans l’instabilité institutionnelle. Le nouveau gouvernement à peine nommé, les oppositions fournissent déjà leurs armes et le menacent de censure. Nul ne sait dans ces conditions quelle sera sa durée de vie. Au passage, le logement change encore de ministre, quand il avait besoin de continuité et de visibilité. Tous les scenarii sont sur la table, jusqu’à la dissolution de l’Assemblée nationale par le Président de la République et le retour aux urnes des Français. Les ménages, qui ont besoin d’un avenir dégagé pour investir à long terme dans leur résidence principale ou pour louer, ou encore pour rénover leur bien, sont malmenés et leur destin semble bien étranger à ceux qui nous gouvernent. On est tenté de considérer la situation avec gravité, de redouter que les Français renoncent à leurs projets immobiliers. Il n’est pas question de nier l’impact de l’enlisement politique de la France: beaucoup vont différer sine die, voir venir, attendre, s’abstenir. Beaucoup surtout vont choisir un autre chemin, conscients que la politique du logement ne les place plus au cœur de ses préoccupations.
Des preuves apparaissent en effet que les ménages ont fait leur deuil d’un pays qui leur donne des repères, au point qu’ils vont les chercher ailleurs que dans leurs institutions et les politiques publiques. Ils vont les trouver en eux, dans le conseil des professionnels de la filière et le soutien des collectivités locales. Ainsi, ce week-end, le Salon de l’immobilier d’Occitanie se tenait dans la 3e ville de France, Toulouse, et la forte participation des ménages -près de 7000 en trois jours-, en progrès par rapport à l’an dernier à pareille époque, témoigne que l’agitation politique ne trouble que peu les intentions des familles et des individus. Leurs envies de logement restent bien ancrées, comme inébranlables. Ils finissent par ne plus compter sur un État aidant ou accompagnant, et vont chercher les solutions auprès de deux grandes catégories d’acteurs, les collectivités publiques de proximité et les professionnels de l’immobilier. Les quelque trente tables rondes sur tous les sujets de préoccupation des ménages, avec des représentants de tous les métiers au service du logement, ont fait salle comble. Les exposants, constructeurs de maisons individuelles, promoteurs, agents immobiliers, conseil en gestion de patrimoine indépendants, courtiers en crédit, assistants à maîtrise d’ouvrage pour la rénovation, ont eu des contacts qualifiés.
La vie du logement avancera quoi qu’il en soit, malgré l’État abîmé
Les notaires, les avocats, l’ADIL départementale, Toulouse Métropole Rénov -guichet unique-, qui donnaient des consultations gratuites, ont accueilli des visiteurs sans discontinuer. Professionnels de l’écosystème du logement et responsables des agences dédiées des collectivités territoriales et des élus de terrainsont désormais les vrais dépositaires de la confiance des Français. Ils l’étaient auparavant, mais sans conteste moins qu’aujourd’hui: l’État constituait un repère très fort et les Français croyaient en lui, croyaient dans les politiques publiques nationales en faveur de l’habitat.Ils sont désabusés et reportent sur les acteurs professionnels et sur les institutions politiques les plus proches d’eux leurs exigences et leur foi dans l’avenir du logement. Clairement, cette évolution oblige les femmes et les hommes concernés. C’est par eux que viendra le salut des ménages pour le logement.
Personne n’aurait imaginé cette défaite de l’État pour le logement. Elle est consommée. Le rapport des Français au logement, dont on pouvait craindre qu’il se délite, se renforce, mais ce qui les y relie n’est plus l’État tutélaire et garant de l’essentiel, le droit au logement et le logement pour tous. L’État n’est plus capable de les rassurer, et à l’inverse il les inquiète tellement qu’ils s’en détournent. Le logement n’est certes pas le seul domaine dans lequel nos compatriotes éprouvent un sentiment d’abandon: il reste néanmoins que ce délaissement politique est l’un des plus insupportables et qu’il aura beaucoup contribué à ce que l’État central ne constitue plus le giron républicain de référence aux yeux des ménages français. On s’autorisera ici une citation légère, prise dans les Propos d’O.L. Barenton confiseur, cet ouvrage de 1937 drôle et profond plein de préceptes de management et de gouvernance de bon sens: « Aide-toi, l’État ne t’aidera pas. » Citation légère et triste. La vie du logement avancera quoi qu’il en soit, malgré l’État abîmé.



















