
Monsieur le Premier ministre,
À la demande du Président de la République, qui vient de vous nommer à la suite de la démission de François Bayrou, vous consultez les partis politiques et les syndicats, forces vives de la nation, avant de constituer votre équipe gouvernementale et de définir les grandes options du budget pour 2026. Pour le logement, identifié désormais par tous les décideurs comme l’une des clés pour le pays, le choix du ministre ne souffrira pas d’erreur : l’offre partout dans les territoires est insuffisante, qu’on se tourne vers le locatif privé, les HLM ou l’accession à la propriété libre ou aidée. Les ménages le ressentent douloureusement, et parmi eux les plus fragiles, les étudiants, les jeunes actifs en mobilité comme les séniors.
De quoi le logement a-t-il besoin? De stabilité et de visibilité, sur le fondement d’une analyse juste et d’une prescription efficace. La ministre démissionnaire, Valérie Létard, a posé un diagnostic lucide et trouvé les meilleurs remèdes. Dans l’ordre budgétaire, l’a fait sans déroger à l’impératif que le logement contribue à la réduction du déficit public, mais en sauvegardant l’essentiel. Le budget pour 2025 a comporté des mesures fortes telles un prêt à taux zéro redevenu puissant, l’exonération de droits de donation pour l’achat de logements neufs ou l’a rénovation énergétique de logements existants, une enveloppe pour MaPrimeRenov à bonne hauteur ou encore la réduction de la ponction sur les bailleurs sociaux au titre de la réduction du loyer de solidarité .
Une méthode fertile
Sur les sujets civils, la ministre a beaucoup œuvré, avec des dispositions légales et règlementaires précieuses : la loi sur les copropriétés dégradées, la prolongation des permis de construire non encore utilisés mais aussi la définition du syndic d’intérêt collectif ou les obligations de formation pour les négociateurs et les gestionnaires immobiliers. Elle aura été la première à cette fonction à porter un regard exigeant sur la profession cardinale de diagnostiqueur immobilier. Son bilan en peu de mois est considérable. Il l’est aussi parce que sa méthode est fertile : Valérie Létard a donné aux corps intermédiaires le rôle majeur d’éclairer sa politique et d’être les relais de sa mise en œuvre.
La ministre, son cabinet et ses services ont également ouvert des chantiers essentiels qui doivent être menés à bien. Entre tous, la construction du statut fiscal de l’investisseur immobilier résidentiel, condition de la reprise des activités de production des logements collectifs et de l’abondement de l’offre locative abordable. Ce projet, inspiré par de nombreux travaux préparatoires d’experts et par un rapport parlementaire, ne saurait mieux aboutir qu’avec la ministre qui l’a bâti.
Un secteur que les changements de pilotes n’ont que trop malmené
Le logement est affaire de durée. Il ne s’accommode pas des saccades imposées par des changements incessants des acteurs en charge des politiques publiques. Les ménages comme les professionnels veulent de la visibilité et de la sérénité. En outre, la ministre du logement, en retour de la considération sincère qu’elle voue à la filière -du social au privé- jouit en retour de son respect, de son estime et de sa confiance. Cette relation ne la conduit néanmoins ni à l’indulgence ni à la compromission : à l’inverse, elle l’autorise à la plus grande fermeté sans que les acteurs s’en sentent méprisés. Enfin, elle incarne une sensibilité politique qui a donné au logement ses serviteurs les plus remarquables, depuis Eugène Claudius Petit -ministre de la Reconstruction- parce que cette sensibilité humaniste intègre la préoccupation sociale et la responsabilité économique, équilibre vital.
Vous avez, Monsieur le Premier ministre, la liberté de confier le logement à qui vous voulez. Nous ne doutons pas que vous souhaitiez que cette cause soit dans les meilleures mains. Souvent, trouver la bonne personne relève de la plus grande difficulté et encore reste-t-il toujours le risque de la déception : grandeur et servitude du management. Pour le logement, la solution est sous vos yeux. Vous avez annoncé la rupture: il ne faut pas ici de solution de continuité, elle serait préjudiciable à un secteur que les changements de caps et de pilotes n’ont que trop malmené.



















