Depuis le 28 février et le déclenchement des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, le CAC 40 a perdu 7 %, repassant sous le seuil des 8 000 points qu’il n’avait pas franchi à la baisse depuis novembre 2025. Pour beaucoup d’investisseurs, cette période de guerre est un risque pour leur argent : ils cherchent donc à atténuer la casse. Mais protéger son portefeuille ne s’improvise pas. Il existe de nombreux outils, qui, pour certains, peuvent être difficiles à manier.

L’or et le dollar : toujours des refuges ?

L’or est souvent le premier réflexe en temps de crise. Et les chiffres semblent lui donner raison : sur un an, le métal jaune a progressé de 51 %. Et depuis le début de l’année, de quasiment 10 %, en atteignant un record historique en dépassant les 5 500 dollars l’once en janvier 2026. Sauf qu’en y regardant de plus près, on y voit un paradoxe : en un an, l’or a aussi subi deux grosses chutes. Une de plus de 10 % fin janvier, et une seconde moins violente mi-mars. Ainsi, si on regarde le prix de l’or sur un mois, il reste en négatif.

Alors, toujours une valeur refuge ? Cette seconde baisse s’explique en fait par la guerre. Quand elle fait craindre une inflation durable (et c’est le cas, avec le pétrole qui flambe), les marchés anticipent que la Réserve fédérale américaine va maintenir, voire relever, ses taux directeurs. Avec des taux élevés, les obligations américaines deviennent plus attractives que l’or, qui lui, ne verse pas de dividende. En même temps, le dollar se renforce mécaniquement en période de crise, ce qui pénalise l’or libellé dans cette monnaie.

Alors, que faire ? Si vous aviez acheté de l’or avant le conflit, le gain est toujours là. Si vous achetez maintenant, après une correction de 10 %, vous pariez sur la force de l’or, mais aussi sur une prolongation du conflit sans remontée des taux.

Et le dollar, alors ? Comme on vient de le voir, il se renforce en ce moment. La logique est simple : en temps de crise, les capitaux fuient vers le billet vert. Faut-il pour autant en acheter ? Sachez que si vous avez déjà un ETF World ou S&P 500, vous y êtes déjà exposé, et la hausse du dollar amortit mécaniquement une partie de vos pertes sur les actions. Mais en cas de fin de conflit, la correction pourrait arriver rapidement, donc pas de spéculation.

Faut-il parier à la baisse ?

Le BX4, de son nom complet Amundi CAC 40 Daily (-2x) Inverse UCITS ETF, est le placement que tout le monde cite quand les marchés dévissent. Son principe est simple : il progresse quand le CAC 40 recule, avec un effet de levier multiplié par deux. Si le CAC perd 1 % dans la journée, le BX4 gagne 2 %… et vice versa.

Ce levier en fait un outil redoutable : si vous craignez une baisse de votre portefeuille de 10 000 euros, acheter 5 000 euros de BX4 vous couvre, en théorie, entièrement. Mais attention, entre la théorie et la pratique, il y a un monde. Ce genre d’outil est dangereux : sur 5 ans, le BX4 a enregistré une perte d’environ 70 %, quand le CAC40 prenait environ 30 %. Il est donc hors de question de le garder sur le long terme. De plus, vous avez remarqué une incohérence sur les chiffres que nous venons de voir ? Le BX4 a baissé davantage que le double du CAC40 sur cette période. C’est à cause de l’érosion du levier dans le temps. Pour faire simple, le BX4 recalcule sa performance chaque jour par rapport à la veille, pas par rapport à un point de départ fixe, donc chaque aller-retour augmente la perte. C’est le problème de tous les ETF à effet de levier.

C’est pourquoi le BX4 n’est pas un outil de protection long terme : c’est un pari tactique de très court terme. On le garde quelques jours, deux semaines au maximum, lorsqu’on anticipe une baisse précise du CAC. Et dès qu’on a atteint notre objectif, on vend.

TotalEnergies : la grande gagnante de cette crise

C’est la surprise de ce début 2026. TotalEnergies a pris plus de 40 % depuis le 1er janvier 2026, pour dépasser les 81 dollars le 30 mars, son record historique, alors que le reste du CAC 40 perdait 7 %. La major pétrolière a clairement profité de la flambée du cours du baril, qui fait mécaniquement augmenter ses revenus. Le groupe l’a lui-même confirmé à ses actionnaires : « Un prix du pétrole plus élevé compense largement la baisse de la production au Moyen-Orient. » En 2025, c’était l’inverse : un pétrole bon marché avait pesé sur ses résultats.

Alors, est-il encore temps d’en acheter ? L’action Total permet de se positionner sur une valeur décorrélée du reste du CAC 40, avec, en plus, un dividende croissant depuis 25 ans. Mais attention : avec +40 % en trois mois, une bonne partie du scénario favorable est déjà dans le cours. Si le conflit s’apaise et que le baril recule, l’action peut corriger rapidement.