
Tout le monde était suspendu à l’annonce officielle mais c’est chose faite depuis le 1erjuin : le Tribunal de commerce a prononcé l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, avec une période d’observation de six mois pour l’entreprise Duralex. La cinquième en une vingtaine d’années, « ce qui montre bien que le problème est structurel », constate Eric Gaftarnik, associé fondateur du cabinet GWL Avocats. Pourtant, l’entreprise affichait 7 % de croissance du chiffre d’affaires constatée au 31 décembre 2025 comme le précise le communiqué de presse mais cela ne garantit ni rentabilité, ni trésorerie puisque Duralex s’est retrouvé en cessation de paiement, incapable de payer salaires et fournisseurs.
La faute à une forte hausse des stocks sur les mois de janvier et février 2026, qui immobilise de la trésorerie, des ruptures sur des produits emblématiques et au coût des matières premières et de l'énergie. « Sur le fond, le chiffre d’affaires tourne autour de 32 millions d’euros en 2025 pour un point d'équilibre estimé à environ 36, précise-t-il. Et le résultat net cumulé sur la période 2018-2024 est d'environ 64 millions d’euros. On peut vendre plus et manquer de liquidités en même temps, c'est assez fréquent ». Sans oublier une crise de gouvernance avec le départ en avril 2026 du directeur général François Marciano et de son fils, directeur financier.
La reprise en SCOP
En juillet 2024, Duralex a été repris en coopérative par les salariés, une opération largement adossée à l'argent public puisque le repreneur a cédé les murs de l'usine à Orléans Métropole, qui a ensuite consenti à la Scop un crédit-bail de quinze ans, en plus d’une garantie bancaire publique d'environ 3 millions d’euros. « L'opération sera difficile à déboucler car ces actifs valent apparemment moins que prévu une fois pris en compte la dépollution et le désamiantage », analyse l’avocat.
Les salariés ont investi sous forme de parts sociales de la coopérative, c’est-à-dire qu’ils sont devenus salariés-associés (sociétaires) en acquérant ces parts du capital de Duralex SCOP SA. « Concrètement, environ 60 % de l'effectif sont entrés au capital lors de la création de la Scop, le 1er août 2024, avec des montants engagés entre 500 et 2.000 euros, analyse-t-il. On peut comprendre que beaucoup d'entre eux ont choisi de participer pour sauver leur emploi, sans trop s'assurer de la viabilité du projet ».
Une levée de fonds de 5 millions d'euros
Ensuite, une collecte en ligne a été lancée le 3 novembre 2025 sur la plateforme Lita, une levée de fonds de 5 millions d’euros, pour moderniser l'outil de production. « Un véritable succès populaire avec 15 millions d’euros de promesses en 24 heures et plus de 21 000 souscripteurs avec un ticket moyen autour de 910 euros», détaille-t-il. La promesse ? Une rémunération de 8 % par an promise par l'entreprise. Ces souscripteurs ont quant à eux souscrit des titres participatifs, c'est à dire des quasi-fonds propres très subordonnés.
Avec le redressement, ces créances sont gelées pendant la procédure, et leur sort dépend du plan retenu par le tribunal : « Ces porteurs sont quasiment en bout de file, servis après les créanciers privilégiés et la plupart des autres, d'où un risque important de perte totale ou partielle, alerte Éric Gaftarnik. Seul lot de consolation, la réduction d'impôt de 18 % sur la mise initiale reste acquise ».
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