Adoptée dans le cadre du budget de la Sécurité sociale pour 2026, la réforme, alors à l'état de projet, n’avait pas manqué de faire grincer des dents à l’automne. Elle est désormais actée : à partir du 1er mars, la majoration des allocations familiales ne sera plus versée dès les 14 ans de l’enfant, mais seulement à compter de ses 18 ans. Jusqu’ici, les familles percevaient un complément mensuel compris entre 18,88 et 75,53 euros par enfant, selon leurs ressources. Un coup de pouce destiné à compenser la hausse des dépenses à l’adolescence.

Ce décalage de quatre ans n’est pas neutre pour les 5,1 millions de foyers bénéficiaires. Les allocations familiales sont versées aux ménages ayant au moins deux enfants à charge, avec des montants modulés selon les revenus. Selon les calculs de RMC, pour un couple avec deux enfants gagnant 78 565 euros ou moins par an, l’allocation de base s’élève à 151,05 euros par mois, majorée de 75,53 euros dès les 14 ans de l’aîné. Entre 78 565 et 104 719 euros de revenus, la base tombe à 75,53 euros, avec une majoration de 37,77 euros. Au-delà de 104 719 euros, elle est de 37,77 euros, assortie d’un bonus de 18,88 euros. En repoussant la majoration à 18 ans – et alors que l’enfant n’est considéré «à charge» que jusqu’à 20 ans –, l’Etat supprime donc quatre années de complément.

Une économie de 300 millions d’euros par an pour l'Etat

Pour les familles les plus modestes percevant la majoration maximale, l’addition peut atteindre 3 625,44 euros sur l’ensemble de la période perdue. Et la facture grimpe encore si plusieurs enfants sont concernés. De quoi peser sur un budget déjà contraint, à un âge où les dépenses explosent : vêtements en tailles adultes, loisirs plus coûteux, frais de nourriture grandissant… Autant d’arguments qui justifiaient jusqu’ici le seuil fixé à 14 ans.

Le gouvernement assume pourtant ce recentrage. La mesure doit générer près de 300 millions d’euros d’économies par an, afin de financer notamment le nouveau congé de naissance. A noter toutefois que la réforme sera appliquée progressivement : les familles bénéficiant déjà de la majoration pour un adolescent de 14 ans ou plus continueront à la percevoir jusqu’aux 20 ans de l’enfant. Les nouveaux entrants, eux, devront patienter quatre années supplémentaires... et composer avec un manque à gagner sensible pour leur pouvoir d’achat.