Quand tout vacille, les vieux réflexes reviennent. Selon une enquête de Notariat Services, 40 % des Français choisiraient encore l’immobilier plutôt que l’or pour placer 100 000 euros. La pierre reste devant, malgré des taux autour de 3,30 %, un durcissement fiscal et un DPE devenu critère majeur pour près de 60 % des acheteurs.

Le paradoxe est là : alors que 41 % anticipent une baisse des prix et 32 % une hausse, l’immobilier continue d’incarner la sécurité. « Les Français, ce qu’ils aiment, c’est le Livret A, l’assurance-vie, le fonds euro et la résidence principale. On ne les fera pas changer », observe Eliott Amsellem, conseiller en gestion de patrimoine.

Immobilier : la valeur refuge qui résiste

Malgré la hausse des taux et les contraintes liées au DPE, la résidence principale reste la priorité patrimoniale. La propriété rassure, protège contre la hausse des loyers et reste profondément ancrée dans la culture française.

« Beaucoup parlent de crise des transactions, mais ce n’est pas ce que je ressens. Au contraire, ça repart vraiment bien. Il y a une vraie appétence et les Français veulent toujours être propriétaires », souligne l’expert.

Sur 100 000 euros, la stratégie consiste rarement à investir l’intégralité dans l’immobilier. La résidence principale reste souvent la priorité, mais elle s’accompagne généralement d’une épargne de sécurité et d’une assurance-vie pour diversifier le patrimoine. « On garderait facilement 30 000 à 40 000 euros pour un apport immobilier », explique le conseiller en gestion de patrimoine.

Assurance-vie : le vrai placement préféré des Français

Dans la pratique, le grand placement refuge reste surtout l’assurance-vie. Plus souple que l’immobilier et plus rentable que la plupart des livrets réglementés, elle demeure le placement préféré des Français, notamment grâce à sa fiscalité et à sa capacité de transmission.

« L’assurance-vie, en général, pour moi, c’est le meilleur combo », estime Eliott Amsellem. Les fonds en euros affichent encore des rendements autour de 2,5 % à 3 %, parfois davantage selon les contrats et les bonifications proposées sur les versements importants.

Ils permettent de sécuriser le capital tout en gardant une part d’unités de compte pour chercher davantage de performance sur le long terme. « Beaucoup mettraient facilement 50 000 euros dessus », précise le conseiller. Le Livret A, le LDDS ou le LEP gardent surtout leur rôle de matelas de précaution.

L’or séduit dans l’imaginaire, moins dans la réalité

L’or conserve son image de valeur refuge, mais il reste très minoritaire dans les choix réels. L’étude de Notariat Services montre que seuls 17 % des Français privilégieraient l’or pour placer 100 000 euros, loin derrière l’immobilier.

« Je n’ai jamais vu un cabinet de CGP conseiller massivement d’acheter de l’or », tranche Eliott Amsellem. Selon lui, cet actif concerne surtout les très gros patrimoines ou des logiques de diversification marginales. Absence de rendement, revente complexe, volatilité : pour la majorité des particuliers, l’or relève davantage d’un réflexe patrimonial ancien que d’une véritable stratégie d’investissement.

Jeune actif, cadre, senior : la stratégie change

Le bon placement dépend avant tout du profil. « Il n’y a pas de bonne réponse. Une personne de 60 ans n’a pas la même stratégie qu’un épargnant de 20 ans », rappelle le conseiller.

Pour un jeune actif, la priorité reste l’effet de levier bancaire : constituer un apport minimum puis utiliser le crédit pour investir. « Il ne faut jamais cracher sur l’effet levier bancaire. C’est la base de l’enrichissement », souligne-t-il. Pour un cadre avec enfants, "l’assurance-vie reste centrale mais avec davantage de fonds euros pour sécuriser le capital et préparer la transmission".

Pour un senior, l’objectif devient le complément de retraite : "une allocation plus prudente, majoritairement en fonds euros, permet de générer un rendement régulier sans prise de risque excessive." précise Eliott Amsellem

Au fond, la plus grosse erreur reste souvent de chercher une sécurité absolue, en laissant tout son capital sur des placements peu rémunérateurs. Sur le long terme, accepter une part mesurée de risque reste souvent plus efficace que de vouloir tout protéger. « Les meilleurs investissements sont souvent ceux qui se construisent sur le long terme. Faire simple reste souvent la meilleure solution », conclut-il.